Pendant longtemps, on a parlé de rumeurs. D’ombres à Goma. De rencontres discrètes à la frontière. Pendant longtemps, on a douté.
L’ONU ne doute plus. Elle nomme.
Le 11 juin 2026, le Groupe d’Experts écrit, noir sur blanc : « un remaniement profond de l’AFC/M23 est en préparation, avec changement de nom, et Joseph Kabila est pressenti pour y jouer un rôle de premier plan ». Le rapport, rendu public le 1er juillet, était d’une froideur implacable.
Ce qu’il annonçait comme imminent vient de se produire.
Lundi 13 octobre 2026 à Goma, la prédiction est devenue fonction. L’ombre est devenue titre. L’homme pressenti est devenu intronisé.
L’ancien président de la République, celui qui a dirigé ce pays pendant 18 ans, est désormais officiellement Président et Chef de file du mouvement politico-militaire dénommé Front pour la Refondation de la Nation (FRN).
Ce n’est plus une alliance. C’est une incarnation. Ce n’est plus un soutien. C’est une prise de pouvoir. Le décor n’est plus celui d’une collaboration informelle avec l’AFC/M23. C’est la refondation de la rébellion autour de sa personne.
L’acte constitutif lu à Goma est sans ambiguïté :
– Joseph Kabila Kabange : Président du FRN, Chef de file
– Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa : Vice-Présidents
– Sultani Makenga : Chef d’État-Major Général, avec rang de Vice-Président
– Freddy Kaniki : Secrétaire Général
L’AFC/M23 n’a pas seulement changé de costume. Elle a changé de chef. Et l’ancien chef de l’État a changé de camp. N’a-t-on jamais vu pareil retournement ?
1. De Kingakati à Goma : que passa ? Quand l’Être devient sa propre négation
Qu’est-ce qu’un ancien président ? N’est-ce pas celui qui a incarné l’État ? N’est-ce pas celui qui a été la continuité, le serment, le garant de l’intégrité du territoire ? Pendant 18 ans, de 2001 à 2019, Joseph Kabila fut l’Être de la République. L’État, c’était lui.
Et aujourd’hui ? Que nous dit l’ONU ? Que depuis mai 2025, ce même homme multipliait les visites dans les zones occupées par une rébellion soutenue par le Rwanda. Que l’homme qui dénonçait l’agression s’assoit désormais à la table de ceux qui occupent Bunagana, Rutshuru et Goma.
Peuple congolais, entendez-vous l’ironie tragique ? Celui qui était l’État choisit de devenir l’anti-État. Avec le titre de Président du FRN, il ne s’oppose plus, il se substitue. Il ne critique plus, il crée un contre-État.
Car enfin, où se fait l’opposition ? Dans la Cité ! À l’agora ! À Kinshasa, dans les médias, au Parlement ! Où se fait la rébellion ? Hors de la Cité ! Avec des armes ! Contre son propre peuple ! On est passé du logos à la violence, du verbe au fusil, du palais à la brousse.
2. La stratégie de l’occultation : quand le sujet devient l’objet
Le rapport de l’ONU décortiquait la manœuvre avec une lucidité chirurgicale : faire de Kabila la vitrine congolaise pour occulter le rôle du Rwanda.
Et quelle vitrine plus belle qu’un ancien président ? Quel masque plus parfait ? La création du FRN en est l’accomplissement parfait.
Voyez l’aliénation : Kabila n’est plus sujet de sa propre histoire, il devient objet de la stratégie d’un autre. L’objectif est narratif, il est cynique, il est clair : dire au monde « Ce n’est plus Kigali, c’est un problème congolais, mené par un ancien président congolais ». Les experts citant le général James Kabarebe comme trait d’union entre Kigali, l’AFC/M23 et Kabila lors de rencontres à Gisenyi, ne prenaient pas des vessies pour des lanternes.
En acceptant la présidence du FRN, l’ancien chef de l’État devient officiellement l’alibi de l’agresseur. Sa plateforme « Sauvons la RDC », qui appelait à un « soulèvement populaire », n’était que le prologue de sa propre négation. Sauvons la RDC contre la RDC elle-même ?
3. Le parricide politique : le père qui renie ses enfants
Il y a une dimension tragique, au sens grec du terme. Interrogeons l’histoire : Mobutu est mort en exil. Kasavubu s’est retiré. Kabila père a été assassiné au pouvoir. Lequel d’entre eux a pris les armes contre sa propre République ?
Aucun. Kabila fils est le premier. Le premier à commettre le parricide politique : tuer symboliquement la République qu’il a lui-même engendrée. Comme Cronos dévorant ses enfants, il revient dévorer l’État qu’il a porté.
Condamné à mort par contumace en septembre 2025 pour trahison, il a choisi d’assumer la condamnation en en devenant le visage officiel. Il ne se bat plus pour l’alternance. Avec le galon de Chef de file du FRN, il se bat contre l’État. Contre le drapeau sous lequel il a prêté serment deux fois. Contre les FARDC qu’il a commandées pendant 18 ans.
Oui, on peut s’opposer à Félix Tshisekedi. Oui, on peut critiquer la gouvernance. Oui, on peut dénoncer. C’est la démocratie !
Mais peut-on, quand on a été le père de la nation pendant 18 ans, revenir en tenue de rebelle, Président d’un Front armé, pour démembrer cette même nation ? Non ! Non, on ne le peut pas !
Car renier ce que l’on a été, c’est cesser d’être.
Joseph Kabila a choisi de bâtir une rébellion pour que le pays reste sous les balles.
Il n’est plus l’ancien président. Il est le chef rebelle. Et il entretient désormais, à titre officiel, à titre assumé, la spirale d’insécurité à laquelle le pays est confronté.
Richardo Ngoyi

Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.