C’est une nouvelle qui a secoué Moscou dès les premières heures de la semaine : Roman Starovoït, tout juste relevé de ses fonctions de ministre des Transports, a été retrouvé mort dans sa voiture, à l’âge de 53 ans.

Selon le Comité d’enquête de la Fédération de Russie, le corps présentait une blessure par balle à la tête. À ses côtés, un pistolet de cérémonie. Le scénario d’un suicide est actuellement privilégié par les autorités. Mais autour de ce décès, le flou persiste.
L’homme, qui venait d’être écarté du gouvernement quelques heures plus tôt par décret présidentiel, n’avait pas encore quitté les esprits qu’il était déjà au centre d’une affaire tragique. Ancien gouverneur de la région de Koursk, figure montante de l’administration fédérale, il avait pris les rênes du ministère des Transports en mai 2024.
Son parcours, ponctué de promotions et de décorations officielles, s’est brutalement interrompu, sans que les autorités ne livrent d’explication à sa révocation.
Les circonstances de sa mort interpellent. Selon plusieurs médias russes, dont Kommersant, le corps aurait été vu transporté depuis un terrain vague, non loin du parking où sa voiture a ensuite été retrouvée. D’autres sources évoquent une contradiction temporelle : l’ancien ministre aurait participé à une réunion officielle dimanche, alors que la mort aurait été constatée dans la nuit de samedi à dimanche. Des détails encore flous, qui alimentent les spéculations, dans un climat politique où la discrétion sur les affaires internes reste de mise.
Sur le fond, certains médias russes rappellent qu’au moment de sa gestion à Koursk, plusieurs chantiers de fortifications avaient été lancés pour protéger la région d’éventuelles incursions. Des irrégularités dans leur exécution auraient été relevées, mais aucun lien formel avec Roman Starovoït n’a été confirmé par les autorités. Un ancien responsable local, arrêté dans le cadre d’une enquête distincte, aurait cependant été entendu sur ces questions. L’enquête en cours permettra peut-être d’en savoir davantage.
Né à Koursk en 1972, formé dans le secteur financier, Starovoït avait su gravir les échelons du pouvoir en intégrant d’abord le comité d’investissement de Saint-Pétersbourg, avant de prendre des fonctions importantes à Moscou. Directeur de l’Agence fédérale des routes, puis vice-ministre des Transports, il avait été nommé gouverneur par intérim de sa région natale en 2018. Proche du terrain, amateur de sport de haut niveau, il avait notamment couru plusieurs marathons et terminé un triathlon Ironman.
Sa vie privée, quant à elle, est restée discrète. Divorcé en 2021, il était père de deux filles. Peu d’éléments filtrent sur son entourage ou ses relations personnelles depuis sa nomination au ministère.
La disparition brutale de Roman Starovoït survient dans un contexte sécuritaire tendu, marqué par une série de frappes de drones ukrainiens ayant perturbé le trafic aérien dans plusieurs régions du pays. Face à l’urgence, le président Vladimir Poutine a rapidement désigné Andrey Nikitine, ancien gouverneur de la région de Novgorod, pour assurer l’intérim au ministère des Transports
L’enquête ouverte par les autorités russes devra éclaircir les circonstances exactes de la mort d’un haut fonctionnaire, dont l’ascension aussi rapide que sa chute brutale soulève aujourd’hui plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.
Yasmine Alemwa Ibango