Des champs de bataille au cyberespace, des frontières terrestres aux chaînes d’approvisionnement, les enjeux de sécurité connaissent une profonde transformation. À l’occasion des dix ans du CHESD, Félix Tshisekedi a appelé les responsables civils et militaires à élargir leur lecture des menaces, désormais liées autant aux données, aux infrastructures critiques et aux minerais stratégiques qu’aux capacités militaires classiques.
Pour Félix Tshisekedi, la sécurité d’un État ne se mesure plus uniquement à sa capacité à défendre ses frontières. Les nouvelles formes de conflictualité déplacent progressivement les rapports de puissance vers des secteurs longtemps considérés comme éloignés du champ militaire.
« La sécurité ne se joue plus seulement sur les champs de bataille », a déclaré le président de la République devant les responsables civils et militaires réunis au Palais du peuple. Désormais, le cyberespace, les données, les réseaux d’information, les chaînes d’approvisionnement et les infrastructures critiques constituent, selon lui, de nouveaux espaces de confrontation et de souveraineté.
Cette évolution concerne directement la RDC, dont les enjeux sécuritaires ne se limitent plus aux violences armées dans l’Est. À cela s’ajoutent la désinformation, l’utilisation des drones, le développement de l’intelligence artificielle, le terrorisme, les effets du dérèglement climatique et la compétition autour des minerais stratégiques.
Le chef de l’État considère ainsi qu’une mine, un port, un corridor logistique, une banque de données ou encore un réseau de télécommunications peuvent désormais revêtir une importance stratégique comparable à celle d’une frontière.
Cette nouvelle lecture implique également une évolution de la doctrine de défense. Pour Félix Tshisekedi, la réponse ne peut plus reposer sur les seules forces armées. Elle doit associer le renseignement, la diplomatie, l’économie, la recherche scientifique, la justice et la communication stratégique.
Dans cette architecture, le CHESD est appelé à occuper une place particulière. Le président congolais souhaite que l’institution puisse favoriser la rencontre de ces différentes expertises afin de mieux anticiper les menaces et d’éclairer la décision publique.
L’enjeu dépasse donc la seule formation militaire. Il s’agit désormais de préparer des cadres capables de comprendre des crises qui peuvent naître d’une attaque informatique, d’une rupture logistique, d’une manipulation de l’information ou encore d’une dépendance stratégique à une ressource essentielle.
Cette approche intervient alors que la RDC cherche parallèlement à renforcer son dispositif diplomatique et militaire face aux crises persistantes dans l’Est. Elle élargit surtout le débat sur la souveraineté, dans un pays dont les ressources minières, les infrastructures de transport et les données deviennent progressivement des éléments majeurs de la compétition économique et géopolitique.
En plaçant ces questions au cœur de son discours devant les lauréats du CHESD, Félix Tshisekedi invite ainsi à repenser la défense nationale au-delà du seul cadre militaire. La souveraineté congolaise se joue désormais aussi dans la capacité du pays à maîtriser ses ressources, protéger ses infrastructures, sécuriser ses données et anticiper les nouvelles formes de puissance.
Alemwa Ibango Yasmine
