Lors de sa conférence de presse tenue mercredi, Félix Tshisekedi est revenu sur l’état des Forces armées de la République démocratique du Congo, reconnaissant avoir longtemps reçu de “fausses informations” sur les capacités réelles de l’armée congolaise. Entre aveux, accusations d’infiltration et promesse d’une montée en puissance militaire, le chef de l’État a tenté d’expliquer les difficultés rencontrées dans la guerre qui secoue l’Est du pays.
Un mea culpa rare sur les “escarmouches”
Face aux journalistes, Félix Tshisekedi est revenu sur une déclaration controversée faite durant la campagne électorale de 2023. À l’époque, il avait promis de réagir au Rwanda “à la moindre escarmouche”, des propos qui avaient marqué l’opinion publique.
Le président congolais a reconnu avoir sous-estimé la gravité de la situation sécuritaire, expliquant qu’il avait alors reçu des informations erronées concernant l’état réel de l’armée.
« Je voudrais profiter de cette occasion pour m’excuser devant le peuple congolais », a déclaré le chef de l’État, affirmant qu’il ne s’était pas “dégonflé”, mais qu’une partie de la réalité lui avait été dissimulée au sein de l’appareil sécuritaire.
Cet aveu constitue l’un des rares exercices d’autocritique publique du président sur la gestion militaire de la crise dans l’Est.
Dans son intervention, Félix Tshisekedi a décrit une armée profondément fragilisée au moment de son arrivée au pouvoir.
Selon lui, les FARDC souffraient non seulement d’un manque d’équipement et d’encadrement, mais également d’un niveau élevé d’infiltration par des éléments ennemis intégrés au fil des anciens processus de brassage et de mixage issus des accords de paix.
Le chef de l’État affirme que certains réseaux internes auraient contribué à désorganiser l’armée de l’intérieur, compromettant plusieurs opérations militaires face aux groupes armés actifs dans l’Est du pays.
« On ne va pas à la guerre avec une armée totalement désorientée, décomposée et désorganisée », a-t-il insisté.
Félix Tshisekedi a également rappelé avoir déjà dénoncé, par le passé, les conditions précaires dans lesquelles vivaient certains militaires congolais, provoquant à l’époque une vague de critiques dans l’opinion publique.
Le président congolais lie les récentes sanctions et interpellations au sein de l’armée à cette volonté d’assainissement de l’appareil sécuritaire.
Sans donner de détails précis sur les personnes concernées, il a laissé entendre que plusieurs responsables militaires auraient été impliqués dans des dysfonctionnements ou des complicités ayant affaibli les capacités opérationnelles des FARDC.
Depuis plusieurs mois, le gouvernement congolais multiplie les annonces autour du renforcement de l’armée, notamment à travers des recrutements, des achats d’équipements militaires et une coopération accrue avec certains partenaires étrangers.
« Nous n’avons plus une armée de capitulards »
Malgré les difficultés reconnues, Félix Tshisekedi estime que l’armée congolaise connaît désormais une montée en puissance progressive.
Le chef de l’État affirme que les FARDC remportent aujourd’hui certaines batailles sur le terrain et disposent d’une capacité de résistance plus importante qu’auparavant.
« Nous n’avons plus une armée de capitulards », a-t-il déclaré, présentant cette évolution comme le résultat des efforts engagés depuis le début de son mandat.
Ces propos interviennent alors que les combats persistent dans plusieurs zones de l’Est, où les autorités congolaises accusent régulièrement le Rwanda de soutenir les rebelles opérant sur le territoire congolais.
À travers cette sortie médiatique, Félix Tshisekedi semble chercher à reprendre la main sur le récit sécuritaire, alors que les critiques contre la gestion de la guerre continuent de se multiplier au sein de l’opposition et de la société civile.
En reconnaissant publiquement les faiblesses structurelles de l’armée tout en défendant les efforts de réforme engagés, le président tente de justifier les revers passés tout en projetant l’image d’un appareil militaire en reconstruction.
Reste à savoir si ce discours suffira à convaincre une opinion publique confrontée depuis plusieurs années à l’instabilité persistante dans l’Est du pays.
Alemwa Ibango Yasmine




