Élections de 2028 : Félix Tshisekedi évoque un possible report en raison de la guerre

Le spectre d’un report des élections de 2028 s’est invité au cœur de la conférence de presse de Félix Tshisekedi. En liant ouvertement la tenue du prochain scrutin à l’évolution de la guerre dans l’Est de la République démocratique du Congo, le chef de l’État a ravivé un débat aussi sensible que politique. Entre comparaison avec l’Ukraine, rappel du précédent de 2016 sous Joseph Kabila et défense d’un impératif sécuritaire, ses déclarations interviennent dans un climat déjà marqué par les soupçons de glissement institutionnel.

“On ne va pas organiser les élections sans les Kivu”

Face aux journalistes, Félix Tshisekedi a pour la première fois évoqué de manière aussi explicite la possibilité de ne pas organiser les élections prévues en 2028 si la guerre se poursuit dans l’Est du pays.

Le président congolais estime qu’un scrutin national ne pourrait se tenir normalement sans la participation effective des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, aujourd’hui au centre des tensions sécuritaires et des affrontements armés.

“Si on ne peut pas terminer cette guerre, malheureusement, on ne pourra pas organiser les élections en 2028”, a déclaré le chef de l’État, tout en insistant sur le fait qu’un éventuel report ne serait pas motivé par une volonté personnelle de conserver le pouvoir.

Selon lui, les moyens financiers pour organiser les élections existent, mais la priorité demeure le rétablissement de la sécurité et de l’intégrité territoriale.

L’Ukraine comme point de comparaison

Pour appuyer son raisonnement, Félix Tshisekedi a pris l’exemple de Ukraine, confrontée depuis plusieurs années à la guerre avec la Russie.

Le président congolais a rappelé que les élections ukrainiennes n’ont pas été organisées dans le contexte actuel du conflit, affirmant que la communauté internationale avait compris les contraintes auxquelles fait face Volodymyr Zelensky.

“Comment organiser des élections avec le couteau sous la gorge ?”, a-t-il lancé devant la presse.

À travers cette comparaison, le chef de l’État semble chercher à inscrire la situation congolaise dans une logique d’exception sécuritaire reconnue au niveau international.

Conscient des parallèles déjà établis dans l’opinion publique, Félix Tshisekedi a tenu à distinguer son cas de celui de son prédécesseur, Joseph Kabila.

Le président rappelle qu’en 2016, les élections avaient été reportées alors que le pays ne connaissait pas officiellement une situation de guerre comparable à celle qui secoue aujourd’hui l’Est de la RDC.

Selon lui, les accusations portées à l’époque contre le régime Kabila reposaient sur l’idée d’un maintien volontaire au pouvoir en dehors du cadre constitutionnel.

“Ce n’était pas le même contexte”, a insisté Félix Tshisekedi, rejetant toute comparaison automatique entre les deux périodes.

Cette précision traduit toutefois la sensibilité du sujet dans un pays encore marqué par les tensions politiques provoquées par le glissement électoral de 2016.

Même si aucune décision officielle n’a été annoncée, les déclarations du chef de l’État risquent d’alimenter la méfiance de l’opposition et d’une partie de la société civile.

Depuis plusieurs mois, certains acteurs politiques redoutent qu’un débat progressif autour de la guerre, de la révision constitutionnelle ou de l’impossibilité d’organiser les élections puisse préparer le terrain à un report du calendrier électoral.

Dans ce contexte, les propos présidentiels pourraient renforcer les tensions politiques à mesure que l’échéance de 2028 se rapproche.

Plusieurs observateurs soulignent également que la question électorale pourrait devenir un nouveau front politique majeur si la situation sécuritaire dans l’Est ne connaît pas d’amélioration significative dans les prochaines années.

Au-delà des rivalités politiques, le débat soulevé par Félix Tshisekedi pose une question plus large sur les limites du fonctionnement démocratique en période de guerre.

Pour le pouvoir, organiser des élections dans des zones partiellement sous contrôle de groupes armés ou confrontées à des déplacements massifs de populations risquerait d’affaiblir la crédibilité du scrutin.

À l’inverse, des voix critiques estiment qu’un éventuel report prolongé des élections pourrait fragiliser davantage les institutions et ouvrir une nouvelle période d’incertitude politique.

Dans un pays où les crises électorales ont souvent débouché sur des tensions majeures, l’équilibre entre stabilité sécuritaire et respect du calendrier démocratique apparaît déjà comme l’un des grands défis des années à venir.

En reliant directement l’organisation des élections de 2028 à l’évolution de la guerre dans l’Est, Félix Tshisekedi ouvre un débat institutionnel particulièrement sensible. Si le chef de l’État défend avant tout une logique sécuritaire, ses déclarations réactivent les craintes liées à un possible glissement politique dans un pays où la question électorale demeure l’un des sujets les plus explosifs de la vie publique.

Alemwa Ibango Yasmine

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