Au lendemain de ses 90 ans oniriques, l’Amiral Lomponda Wa Botende a reçu un hommage à la hauteur de son parcours élogieux, où la stratégie militaire côtoie les eaux maritimes, fluviales et lacustres, la diplomatie ainsi que l’exécutif.
Il s’agit d’un portrait gravé dans le verre, une œuvre où l’art devient un langage de transmission de la mémoire.
Derrière cette création singulière se trouve le maître verrier franco-congolais Victor Luhata On Ahata, OTO de son nom d’artiste, inspiré par l’histoire d’un homme d’État, mais aussi par le récit d’un père transmis par sa fille, et non des moindres, Chouna Lomponda, Conseillère technique au Cabinet du Chef de l’Etat, Experte en communication, bonne Gouvernance, négociation, une Femme d’Etat avérée, à qui il a inculqué le patriotisme, l’intégrité et l’art d’agir pour la Nation.
Il existe des vies qui dépassent les fonctions qu’elles ont occupées. Des trajectoires qui, avec le temps, cessent d’appartenir uniquement à un individu pour rejoindre la mémoire collective de la Patrie.
La carrière de ce digne fils de la République est le fruit d’une formation rigoureuse aux métiers, d’un apprentissage dans la discipline et d’un courage à toute épreuve.
À 90 ans, l’Amiral Lomponda Wa Botende appartient à cette catégorie rare de témoins dont le parcours traverse plusieurs décennies de l’histoire congolaise.
Premier Amiral de la République Démocratique du Congo, ancien Chef d’État-Major Général des Forces armées, ancien Chef d’Etat Major de la Force Navale, Secrétaire Général à la Présidence de la République, ancien Chef de la Maison Militaire du Chef de l’Etat, ancien Chef de la Maison Civile du Chef de l’Etat, Commandant du Corps expéditionnaire de la République Démocratique du Congo alors Zaïre au Tchad, Formateur du premier noyau qui deviendra l’ossature des Forces Armées Tchadienne, Diplomate et Haut responsable de l’État, Négociateur Principal de la RDC, ex Zaïre dont le résultat fût la Paix entre l’Angola et notre pays et sanctionné par la venue au Zaïre du Chef de l’Etat Augustino Neto… il demeure l’une des figures majeures de l’histoire militaire et institutionnelle du pays.
C’est cette vie exceptionnelle qu’une œuvre artistique vient aujourd’hui célébrer, tout en ayant comme fil conducteur l’admiration qu’une Fille peut avoir pour son père.
Dans l’intimité de son domicile, le Haut responsable militaire a découvert son propre portrait réalisé entièrement sur verre. Une pièce unique, gravée à la main point après point selon une technique inspirée du pointillisme, où chaque détail du visage apparaît au rythme des jeux de lumière et des reflets.
Une œuvre qui ne représente pas seulement un homme. Elle raconte une époque.
L’émotion d’un homme face a son propre héritage.
Lorsque le voile a été levé sur le portrait, l’Amiral Lomponda Wa Botende a pris le temps d’observer chaque partie de l’œuvre. Le regard, les traits du visage, la précision du travail : tout semblait traduire une volonté de saisir non seulement une apparence physique, mais aussi une présence.
Sa réaction fut immédiate :
« C’est extraordinaire. C’est vraiment un travail bien fait et j’apprécie beaucoup. J’espère que les gens vont se souvenir de moi. »

Cette phrase résonne comme une confidence. Car derrière les décorations, les responsabilités et les titres, apparaît une préoccupation essentielle chez cet Officier général : la transmission.
Être reconnu n’est pas seulement une question d’honneur ou d’égocentrisme. C’est surtout la volonté de voir une histoire personnelle se pérenniser pour rejoindre celle d’un peuple et susciter des vocations.
Une vie au service de la République sous le Drapeau
Né le 24 juillet 1936 à Nouvelle-Anvers, aujourd’hui Mankanza, dans la province de l’Équateur, L’Amiral Lomponda Wa Botende appartient à cette génération qui a accompagné les grandes transformations du Congo moderne.
Son parcours militaire commence avant l’Indépendance du pays. En 1957, il est sélectionné par le Commandement des Forces Métropolitaines Belges en Afrique et entame une formation militaire qui le conduira notamment à Kamina et à Banana, avant de poursuivre son apprentissage en Belgique.
Après avoir réussi le concours d’entrée à l’Ecole Supérieure de Navigation d’Anvers en Belgique, d’où il s’illustre en sortant Major de toute la promotion francophone, il a décroché son diplôme d’officier mécanicien de marine de Première classe, qui équivaut au diplôme d’ingénieur mécanicien de marine, Bac +5. En plus de cette formation, il a été formé comme Officier de Pont c’est-à-dire conducteur de Navire en mer, au cours de son stage vers et au Brésil.
Après ses études, son excellence le démarque et fait que le Président Mobutu le remarque et voie en lui « un Homme discret et efficace ».
Son parcours sera également marqué par plusieurs missions diplomatiques et par son implication à résoudre des conflits dans des périodes sensibles de l’histoire nationale.
Décoré de plusieurs distinctions nationales et internationales, parmi lesquelles : Chevalier de l’Ordre de Léopold en Belgique, Chevalier de la Légion d’honneur, Commandeur de la Légion d’honneur française, il demeure une figure importante de l’histoire contemporaine de la RDC.
Mais au-delà de ses responsabilités officielles, c’est surtout une mémoire vivante
qui s’exprime aujourd’hui, toujours prêt à servir le Pays en apportant sa contribution intellectuelle car il ne peut plus commander sur terrain.
L’homme d’État et gardien du passé
Au cours de cette rencontre, les échanges ont rapidement dépassé le cadre artistique pour devenir une véritable leçon d’histoire.
L’Amiral a évoqué Mankanza, sa terre natale, le berceau du lingala, de la Force Publique Coloniale et de la Colonie scolaire qui sera plus tard transféré à Boma, suite à un désaccord entre le clergé et l’Etat. Il a partagé plusieurs récits liés aux Bangala, aux périodes de résistance, à l’arrivée des missionnaires et aux différentes traces laissées par l’histoire.
Pour lui, la disparition des lieux historiques d’un passé parfois douloureux constitue une perte irréversible pour les générations futures en termes de connaissance et de recherche.
Une conviction résume sa pensée :
« L’histoire peut faire vivre. »
Pour l’Amiral, préserver le passé n’est donc pas seulement un devoir de mémoire. C’est aussi une manière de construire l’avenir.

La mémoire avant qu’elle ne disparaisse
Face à la richesse des souvenirs portés par l’ancien Chef d’État-Major Général des Forces Armées, l’idée d’une publication de ses mémoires a naturellement émergé depuis longtemps.
Une perspective que l’Amiral n’écarte pas, tout en soulignant la nécessité d’un travail sérieux, appuyé par des archives et des références historiques solides.
Deux ouvrages occupent une place particulière dans cette démarche :
• Les Bangala de Eugide De Boeck ;
• Histoire de la Force publique du lieutenant-général belge Émile Janssens, publié en 1979.
Ces références permettraient, selon lui, de replacer une partie de son parcours personnel dans une histoire militaire et politique plus large.
Car raconter sa vie, ce n’est pas seulement raconter un destin individuel. C’est aussi contribuer à écrire une partie de l’histoire nationale.
Chouna Lomponda, le lien humain derrière l’œuvre
Si ce portrait existe aujourd’hui, il trouve son origine dans une relation humaine.
L’artiste Victor Luhata On Ahata a découvert l’histoire de l’Amiral à travers les récits de sa célèbre fille, Chouna Lomponda, son amie.
Par ses paroles, il n’a pas seulement découvert un ancien Chef d’État-Major de la Force Navale ou une personnalité publique. Il a découvert un père, un homme de valeurs, un personnage raconté avec affection et admiration.
Cette dimension personnelle a guidé son approche artistique.
« Réaliser le portrait d’un Amiral qui a marqué l’histoire du pays représentait une immense responsabilité. Pour ne pas me laisser intimider par la grandeur du personnage, j’ai choisi de réaliser avant tout le portrait du papa de Chouna », explique OTO, le maître Verrier.
Une manière de rappeler que derrière les grandes figures historiques se trouvent aussi des histoires familiales, des souvenirs et des liens humains.
Victor Luhata On Ahata, dit OTO : quand le verre devient mémoire
Maître verrier congolais installé en France, Victor Luhata On Ahata développe depuis plusieurs années une approche artistique originale, à la rencontre du vitrail traditionnel et de l’expression contemporaine.
Son travail associe la précision du verre, la lumière et une gestuelle inspirée du graffiti pour créer des œuvres où la matière devient porteuse d’identité.
Son exposition actuelle, « Mpenga Mboka Otema Mbate – Respirer, sentir, cœur battre », présentée au Pullman Kinshasa Grand Hôtel jusqu’à la fin du mois d’octobre, marque son retour artistique en République Démocratique du Congo.
Touché par la réaction de l’Amiral face à son portrait, l’artiste lui a demandé l’autorisation d’intégrer cette œuvre à son exposition.
Une demande acceptée par l’ancien haut responsable militaire.
Les visiteurs pourront ainsi découvrir ce portrait comme une rencontre entre deux univers : celui d’un homme qui a consacré sa vie au service de la Nation et celui d’un artiste qui utilise le verre pour empêcher les souvenirs de disparaître.
Le huitième étage du Grand Hôtel : une page retrouvée de Kinshasa
Cette rencontre a également permis de révéler une anecdote historique liée au lieu même où l’œuvre sera exposée.
L’actuel Pullman Kinshasa, le fameux Grand Hôtel était autrefois le Grand Hôtel de Kinshasa. C’est dans cet établissement, précisément au huitième étage, que se trouvaient les bureaux de l’Amiral Lomponda Wa Botende lorsqu’il avait sous sa responsabilité l’encadrement des 40 Généraux qui n’avaient pas quitté le Pays à l’entrée de l’AFDL.
Un détail qui donne aujourd’hui une dimension symbolique particulière au choix de ce lieu pour accueillir une œuvre consacrée à sa mémoire.
Une œuvre, une vie, une mémoire
À travers ce portrait gravé dans le verre, ce n’est pas seulement un visage qui est immortalisé.
C’est une trajectoire militaire, une carrière diplomatique, une histoire familiale et une partie de la mémoire nationale congolaise qui trouvent une nouvelle forme d’expression.
À 90 ans, l’Amiral Lomponda Wa Botende continue d’incarner une idée essentielle : une nation ne se construit pas uniquement par ceux qui écrivent son histoire, mais aussi par ceux qui veillent à ce qu’elle ne soit jamais oubliée.

Dans la lumière du verre, son portrait devient alors plus qu’une œuvre d’art.
Il devient un témoignage. Une trace. Une mémoire qui jamais disparaîtra.
Alemwa Ibango Yasmine




