Monde

Sénégal : 201 migrants interceptés dans le delta du Saloum

La marine sénégalaise a annoncé jeudi 10 juillet, l’interception de 201 migrants ouest-africains dans la région de Fatick, alors qu’ils tentaient de rejoindre l’Europe par l’océan Atlantique, une…

RD Congo-Monde

4 min de lecture

Sénégal : 201 migrants interceptés dans le delta du Saloum

La marine sénégalaise a annoncé jeudi 10 juillet, l’interception de 201 migrants ouest-africains dans la région de Fatick, alors qu’ils tentaient de rejoindre l’Europe par l’océan Atlantique, une route migratoire toujours plus prisée et meurtrière.
L’opération, menée par les forces navales basées à Foundiougne, a permis d’arrêter 69 personnes sur la terre ferme et d’intercepter 132 autres à bord d’une pirogue en bois, dans les eaux du delta du Saloum, mardi soir. Parmi eux, selon la Direction de l’information et des relations publiques des armées (DIRPA), figurent plusieurs femmes et enfants, signe que ce périple, longtemps réservé aux jeunes hommes, attire désormais des familles entières prêtes à tout quitter.
Malgré les risques, la traversée de l’Atlantique entre l’Afrique de l’Ouest et les îles Canaries connaît un regain inquiétant. En 2024, près de 47 000 personnes ont débarqué sur l’archipel espagnol, contre environ 40 000 l’an dernier, selon le ministère espagnol de l’Intérieur. Une progression qui traduit le désespoir grandissant dans plusieurs régions du continent, où les conditions économiques, politiques et climatiques poussent de nombreux citoyens à fuir.
Mais cette route est aussi l’une des plus dangereuses au monde. L’association espagnole Walking Borders estime à plusieurs milliers le nombre de morts ou disparus depuis le début de l’année. Des embarcations sont régulièrement portées disparues. Certaines dérivent des semaines entières avant d’être retrouvées… parfois échouées sur les côtes des Caraïbes ou d’Amérique latine, ne contenant plus que des restes humains.
Le delta du Saloum, en particulier, est devenu un point de départ stratégique pour les réseaux de passeurs. Peu surveillé, difficile d’accès, il permet aux embarcations de prendre la mer dans une relative discrétion. Et si les conditions hivernales offrent une mer plus calme, les départs ont désormais lieu toute l’année, preuve d’un désespoir permanent.
La situation contraste fortement avec les politiques de plus en plus restrictives adoptées en Europe. Hier encore, la Grèce annonçait la suspension des demandes d’asile pour les migrants venus d’Afrique du Nord. Une décision qui s’inscrit dans une série de mesures de dissuasion de plus en plus assumées par plusieurs États membres de l’Union européenne.
Et pourtant, les flux ne ralentissent pas. Mieux encore : ils se diversifient. Les bateaux qui quittent désormais le Sénégal, la Mauritanie ou la Gambie n’embarquent plus seulement des ressortissants de la région. Depuis 2023, des Pakistanais, Bangladais, Yéménites, Syriens ou Afghans s’embarquent eux aussi dans ces pirogues de fortune. Une migration transcontinentale qui souligne la mondialisation du désespoir, et le basculement de la route atlantique en couloir migratoire international.
L’Union européenne, de son côté, a tenté de verrouiller certaines portes : en 2023, un accord de 210 millions d’euros a été signé avec la Mauritanie pour empêcher les départs vers l’Espagne. Mais l’impact sur le terrain reste limité, les arrivées se poursuivent, les passeurs contournent les obstacles, et les candidats au départ n’ont jamais été aussi nombreux.
Face à ce drame humain qui se joue en silence, une question s’impose : combien d’accords signés, de lois votées ou de barrières dressées pourront véritablement freiner la volonté d’un homme ou d’une mère de fuir l’invivable pour l’espérance ?
Yasmine Alemwa Ibango

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.

Laisser un commentaire

Votre commentaire sera relu par la rédaction avant d’être publié.