Le bras de fer entre Kinshasa et l’AFC/M23 s’étend désormais au secteur de l’Enseignement supérieur.
En effet, La ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et des Innovations, Marie-Thérèse Sombo, a ordonné la suspension des rémunérations de 48 enseignants et agents accusés d’avoir accepté des responsabilités au sein de l’administration mise en place par le mouvement dans les zones sous son contrôle.
La mesure, prise sur la base des conclusions d’une commission mixte, intervient dans l’attente de l’issue d’une procédure de révocation engagée contre les personnes concernées. Les services compétents ont reçu instruction de les retirer immédiatement des listings de paie et de suspendre leurs rémunérations.
La liste comprend notamment 28 professeurs, 12 chefs de travaux, trois assistants ainsi que des docteurs et des agents administratifs. À travers cette décision, le ministère entend sanctionner, sur le plan administratif, les agents soupçonnés d’avoir rejoint ou servi une structure considérée par Kinshasa comme illégitime.
Cette décision intervient quelques semaines après les nominations annoncées par l’AFC/M23 dans plusieurs établissements publics d’enseignement supérieur du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. L’Université Officielle de Bukavu, l’ISP, l’ISC, l’ISTM et l’ISDR figurent parmi les institutions concernées. Le ministère de l’ESU avait alors déclaré ces désignations nulles et sans effet juridique.
Au-delà de la question des rémunérations, l’enjeu est donc celui de l’autorité administrative sur les établissements publics situés dans les territoires contrôlés par l’AFC/M23. Kinshasa cherche à maintenir le lien institutionnel avec son personnel et à empêcher que les structures universitaires ne deviennent progressivement des relais de l’administration mise en place sur le terrain.
Cette confrontation produit déjà des conséquences sur le fonctionnement académique. Les activités dans plusieurs établissements publics de Goma et de Bukavu ont été suspendues jusqu’à nouvel ordre, tandis que les enseignants et agents concernés se retrouvent désormais au centre d’une procédure administrative.
Avec la suspension des salaires de ces 48 agents, le conflit dans l’Est franchit ainsi un nouveau seuil. Après les territoires et les administrations locales, c’est désormais le fonctionnement du service public universitaire qui se retrouve directement au cœur du bras de fer entre Kinshasa et l’AFC/M23.
Alemwa Ibango Yasmine
