Sur Ndeko Danu TV, l’émission Loba Nayo recycle une rumeur déjà éventée : le Congo n’aurait plus de pavillon national, deux DG bloqueraient la relance et six millions de dollars se seraient volatilisés. Faux. Le pavillon vole. L’investissement de la CNSS est public et autorisé. Et le chiffre de 6 millions ne figure dans aucun rapport. Enquête, point par point.
Ce que le plateau a dit — et ce qu’il a mélangé
L’extrait de Loba Nayo diffusé par Ndeko Danu TV n’est pas un audit. C’est un réquisitoire. En trois minutes, en français mêlé de lingala, un invité non identifié à l’écran enchaîne cinq accusations : le 66e Conseil des ministres aurait été ignoré, le pays n’aurait plus de compagnie nationale depuis 2020, Alexandre Tshikala Mukendi, DG de Congo Airways, bloquerait la relance, Charles Mudiay Kazadi, DG de la CNSS, aurait détourné 6 millions de dollars, et la certification ne serait qu’un prétexte. Aucune pièce. Aucune date. Aucun contradictoire.
Cette rédaction ne nie pas la crise. Au 10 août 2026, Radio Okapi confirme qu’aucun avion de Congo Airways n’est en exploitation. Ce que nous contestons, parce que les faits le démentent, c’est le roman noir collé à deux mandataires et l’effacement pur et simple d’Air Congo, qui vole déjà vers Bruxelles.
1. « Le Congo n’a pas de compagnie nationale »
C’est la phrase-choc du plateau. Elle est fausse.
Depuis le 1er juillet 2026, Air Congo — joint-venture détenue à 51% par l’État congolais et 49% par Ethiopian Airlines — assure la liaison Kinshasa-Bruxelles, à raison de quatre à cinq vols par semaine en Boeing 787. Le 4 juillet, Radio Okapi titrait : « le retour de l’aviation congolaise dans le ciel européen ».
Congo Airways, née en 2015, demeure. Comme société. Comme pavillon historique. Aujourd’hui clouée au sol, sans avion en vol commercial. Ce n’est pas la même chose que « le Congo n’a plus de compagnie ». Confondre l’immobilisation d’une entreprise et la disparition du pavillon, c’est rayer le ciel d’un trait de plateau.
VERDICT : Faux. Air Congo vole. Congo Airways se relève. Deux réalités, une seule République.*
2. « Depuis 2020, plus rien n’a été fait »
La référence au 66e Conseil des ministres est exacte. Le 26 août 2022, Félix Tshisekedi alerte sur le « risque de cessation » des vols de Congo Airways et charge les ministères du Budget, des Finances et des Transports, sous l’autorité du Premier ministre, de trouver des solutions.
En faire six ans de néant est un mensonge par omission. Après 2022, la compagnie a continué de voler en wet-lease, notamment avec KlasJet, jusqu’au 12 avril 2025. Le 15 septembre 2023, le 111e Conseil instruit un plan d’urgence. Le 28 juin 2024, le dossier revient en Conseil. Le 16 janvier 2025, une nouvelle direction est nommée. Le 24 décembre 2025, un Embraer E-190 financé par la CNSS atterrit à N’djili. Le 20 mars 2026, le 83e Conseil exige un plan de relance actualisé. Ce n’est pas l’inaction. C’est une litanie d’instructions, de contrats et d’échecs opérationnels — tout sauf le complot de deux hommes.
VERDICT : Le 66e Conseil est réel. L’idée d’un vide depuis 2020 est fausse.
3. « Mukendi bloque Congo Airways »
Alexandre Tshikala Mukendi n’est pas l’homme de 2020. Il est nommé directeur général le 16 janvier 2025, par ordonnance présidentielle lue à la RTNC, en remplacement de José Dubier Lueya, suspendu en octobre 2024 pour mauvaise gestion après un audit du ministère du Portefeuille.
Il hérite d’une compagnie exsangue, sous intérim, accro aux contrats ACMI. Cinq jours après sa nomination, reçu par Jean-Pierre Bemba, il ne nie pas la crise. Il la nomme et sollicite l’État actionnaire.
L’arrêt actuel date du 12 avril 2025 : expiration des contrats KlasJet, pas « blocage » personnel. Depuis, la direction a lancé en janvier 2026 un recrutement de pilotes et techniciens pour l’Embraer. Contacté par Radio Okapi le 10 août 2026, l’administrateur délégué général se dit confiant quant à une reprise. On peut juger la relance trop lente. On ne peut pas faire d’un DG arrivé en 2025 le comptable d’une décennie de sous-capitalisation.
Dès le 4 janvier 2026, notre rédaction documentait déjà la manœuvre : un groupe d’agents « sans qualité » s’était fait passer pour la délégation syndicale pour viser le fauteuil de DG. La vraie délégation s’en était désolidarisée par lettre du 24 novembre 2025. Le plateau de _Loba Nayo_ rejoue, six mois plus tard, la même partition.
VERDICT : Faux. Mukendi hérite d’une crise. Lui attribuer l’histoire est une falsification du calendrier.
4. « Mudiay a détourné 6 millions »
C’est le cœur de l’accusation : « Qui a détourné ? C’est M. Mudiay, DG de la CNSS. » Aucun compte rendu du Conseil des ministres, aucun rapport public de l’IGF, aucun communiqué de la DGM, aucun jugement ne porte ce chiffre contre Charles Mudiay Kazadi.
La Caisse a répondu. Le 14 mars 2026, son Service communication et médias informe que les rumeurs de « prétendu détournement de fonds » sont « infondées et relèvent de la désinformation et de la manipulation de l’opinion ». La Direction générale assure que les ressources sont administrées « avec rigueur ».
En mars 2026 déjà, une image virale l’accusait d’avoir été bloqué à N’djili, d’avoir détourné 45 millions pour les retraités de la MIBA, 5 millions pour des avions et 150 millions via des comptes parallèles. RD CONGO-MONDE avait établi qu’il s’agissait d’une fake news : aucune autorité migratoire ou judiciaire ne confirmait une interdiction de voyager, aucun audit IGF ne soutenait ces montants. Le « 6 millions » de _Loba Nayo_ en est la mutation : les 5 millions « avions » devenus 6.
Les 6 millions existent ailleurs. Le gouvernement avait décaissé 6 millions, puis 4 millions, d’un compte de la SCTP « Redevance logistique terrestre » logé à la Rawbank pour participer au capital social de Congo Airways à sa création. C’est une mise de fonds publique d’actionnaires, documentée dès 2020. En faire le magot personnel du DG actuel de la CNSS est une imposture.
Le seul montant officiel récent n’est pas 6 millions. La commission mixte Cabinet du Portefeuille – IGF – CSP – AAC, déployée du 29 décembre 2025 au 9 janvier 2026, a recensé 2 052 838,58 dollars immobilisés dans des opérations jugées irrégulières : assurances sans avion, leasing d’A320 sud-africain non livré, avance américaine. Le rapport pointe des « fautes graves de gestion », pas un détournement de 6 millions par le DG de la CNSS.
VERDICT : Accusation non établie. Ni pièce, ni audit, ni juge. Les 6 millions cités à l’antenne ne sont pas les 2,05 millions du rapport officiel.*
5. « La CNSS est un partenaire opaque »
L’opération est publique. Le 24 décembre 2025, un Embraer E-190 baptisé _Lac Munkamba_, immatriculation réservée 9S-ATF, atterrit à N’djili. Il est accueilli par Charles Mudiay Kazadi, un représentant du ministère du Portefeuille et la direction de Congo Airways. La CNSS, actionnaire à hauteur d’environ 31%, a reçu l’autorisation du Chef de l’État d’investir dans l’aviation, conformément aux recommandations de la CIPRES et de l’AISS sur la diversification des placements.
Un avion réceptionné en public, sous instruction présidentielle, n’est pas un fonds disparu. S’il est cloué au sol, c’est pour des raisons techniques établies par Radio Okapi : pilotes non encore qualifiés sur type, documentation incomplète, pièces de rechange manquantes.
En août 2026, des photos de l’appareil poussiéreux relancent la rumeur de l’épave. La CNSS publie une mise au point : l’Embraer est « en parfait état de vol et n’accuse aucune panne ». Elle qualifie le récit de « gros mensonge ». L’appareil a quitté Paris après validation par l’AAC, un cabinet français mandaté par Air France et l’équipe technique de Congo Airways. S’il n’a pas encore décollé, c’est qu’il attend des pièces — pour éviter le sort du _Kimpa Mvita_ immobilisé à Kisangani — et une assurance dont le paiement requiert l’autorisation de la Primature.
VERDICT : Faux. L’investissement CNSS est autorisé, public et matérialisé par un appareil réceptionné.
6. « La certification n’est qu’un prétexte »
Présenter l’Autorité de l’aviation civile comme un rideau de fumée est une faute. Aucun transporteur ne vend un siège sans certificat de transporteur aérien, sans équipage qualifié, sans documentation technique. C’est la loi du ciel.
Le 20 mars 2026, saisi du rapport de la mission mixte IGF-CSP-AAC, le président Tshisekedi ne parle pas d’un DG qui « bloque ». Il évoque de « graves dysfonctionnements », un plan de relance à actualiser, un contrôle interne à renforcer, un audit RH et l’obligation pour l’État de payer ses propres dettes à la compagnie. C’est une instruction de gouvernance, pas un réquisitoire pour 6 millions.
VERDICT : Faux. La certification est une obligation légale. En faire un alibi criminel est un détournement de sens.
Ce que disent les pièces
Congo Airways n’a pas communiqué pour répondre à Loba Nayo. L’émission n’est pas une pièce d’enquête. La compagnie s’est exprimée sur ce qu’elle est : une entreprise en difficulté, pas un coffre-fort disparu.
« Nous avons examiné la situation actuelle de Congo Airways, discuté de son exploitation et des défis majeurs auxquels elle fait face. Le vice-Premier ministre a assuré de son soutien. »,Alexandre Tshikala Mukendi, DG Congo Airways, 21 janvier 2025.
La CNSS, elle, a parlé noir sur blanc. Son communiqué du 14 mars 2026 précède de cinq mois le plateau de Danu Kefula. Il vise déjà le même type de rumeur.
« Les rumeurs faisant état d’un prétendu détournement de fonds au sein de l’institution sont infondées et relèvent de la désinformation et de la manipulation de l’opinion », CNSS, communiqué officiel, Kinshasa, 14 mars 2026.
En août, nouvelle mise au point sur l’Embraer : « En parfait état de vol et n’accuse aucune panne. » Les allégations d’épave sont un « gros mensonge ».
Ce qui reste, une fois les mensonges ôtés
Une compagnie en panne, des agents en attente de salaires, un Embraer financé par les cotisations sociales qui n’a pas encore décollé, et un État actionnaire qui répète, Conseil après Conseil, la même exigence de relance. C’est assez grave pour un débat public honnête. Cela n’autorise personne à inventer un magot.
Transformer Loba Nayo en tribunal ne suffit pas. Un invité anonyme n’a produit ni bordereau, ni rapport IGF, ni jugement. Il a produit un chiffre orphelin et deux noms. Face à lui, deux institutions ont parlé dans leur registre. La campagne de mars contre Charles Mudiay avait déjà montré la recette : un montant, un aéroport, une rumeur. Le plateau de Danu Kefula ne lui a donné qu’une voix et un décor.
RD CONGO-MONDE tient la même ligne qu’en janvier et qu’en mars : les pièces d’abord, les plateaux ensuite.
Rédaction
