Là où la politique cherche des compromis, la foi veut ouvrir un chemin. À quelques jours du dialogue national annoncé par Félix Tshisekedi pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, l’archevêque Évariste Ejiba Yamampia, président de la Plateforme des confessions religieuses et représentant légal de l’Église de Réveil du Congo (ERC), déploie un autre dialogue, spirituel celui-là. 26 jours, 26 provinces, 144 000 intercesseurs attendus pour que la prière devienne sentinelle de la République.
À la table des hommes, il veut ajouter l’autel de Dieu.
À compter du dimanche 6 septembre, l’archevêque-président Ejiba appelle toutes les confessions religieuses de la RDC à mettre la nation sous la voûte des prières. Non pas une prière générique lancée au vent, mais une intercession enracinée, province par province.
C’est une véritable cartographie de l’espérance que dessine le chef de file de l’ERC. Chaque jour, une province. Chaque province, sa plaie et son cri.
« Chaque jour correspondra à une province de la République et nous prierons pour les questions spécifiques de cette province », explique l’archevêque Ejiba Yamampia.
Car les larmes du Nord-Kivu, exsangue d’insécurité et d’exode, ne sont pas celles de la Lomami, du Tanganyika ou du Kasaï. À chaque terre meurtrie, sa supplication. À chaque peuple éprouvé, son autel.
Le dispositif se veut inclusif, décentralisé, sans chapelle gardienne. Confessions religieuses, société civile, réseaux d’intercesseurs prieront en chœur. Un lundi pourrait ainsi être confié au Kongo Central, porté par la ferveur kimbanguiste, tandis que les autres pôles disséminés à travers le pays intercéderont pour cette même terre.

« La nation n’appartient pas seulement à une église. Elle appartient aux églises de réveil, aux catholiques, aux protestants et à tous les croyants », insiste le président de la Plateforme.
Pour le représentant légal de l’ERC, il ne s’agit ni d’un monopole confessionnel, ni d’un œcuménisme de façade, mais d’un souffle commun : celui d’un peuple qui refuse que la République s’effondre.
13 000 sentinelles à Kinshasa, 144 000 à travers le pays
Le coup d’envoi sera donné le dimanche 6 septembre, à l’heure des cultes. Dix minutes. Dix minutes seulement, mais dix minutes arrachées au temps pour confier le destin du dialogue national à Dieu.
La mobilisation gagnera aussi les ondes, notamment celles de la RTNC, où des responsables religieux se relayeront en tranches de prière. À Kinshasa, 26 pôles à 500 intercesseurs chacun : 13 000 sentinelles. À l’échelle nationale, le pari de l’archevêque Ejiba est de lever une armée silencieuse de 144 000 intercesseurs.

Car pour le chef des confessions religieuses, la prière doit enfanter du concret. Que les richesses du Congo cessent d’être une malédiction pour devenir enfin le pain de ses enfants. Que les accords ne finissent plus leur vie dans les tiroirs.
« Il y a beaucoup d’accords qui sont signés et qui restent dans les tiroirs. Cette fois-ci, s’il y a des accords, nous voulons qu’ils soient appliqués », martèle-t-il, réclamant aussi que les résolutions internationales sur l’Est produisent enfin leurs fruits sur le terrain.
Interrogé sur les porteurs d’armes, l’archevêque Yamampia refuse la logique des camps. Il ne prie pas contre des hommes, il prie pour une République. Pour la conversion des cœurs. Pour que les armes se taisent.
Et le signe que le ciel aura entendu ? Il le veut visible, tangible, humain : le retour des déplacés dans leurs villages, dans leurs maisons, dans leurs champs.
Le reste : la justice, les responsabilités pénales, appartient aux institutions.
« Là où les hommes échouent ou peuvent échouer, invoquons Dieu pour que la République n’échoue pas », lance le pasteur-président.
L’heure est donc fixée : entre 8h et 12h, selon l’horloge de chaque culte, que s’élève d’un bout à l’autre du Congo une même clameur, pour une paix qui dure, pour des populations enfin apaisées, et pour que le sol congolais nourrisse ceux qui le foulent.
Richardo Ngoyi




