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La Bible en main, les comptes à l’appui

Freddy Yodi Shembo ou la gouvernance selon l’Écriture

Chaque nation, à un moment, cherche un visage. 

Un visage qui dise la rigueur sans crier, qui tienne la barre quand le vent pousse aux compromis. 

Dans la mémoire biblique, deux noms traversent les siècles dès qu’il faut gouverner chez les autres : Joseph, qui transforma les greniers d’Égypte en bouclier contre la faim, et Daniel, qui tint les livres d’empires sans que la poussière n’y dépose la moindre faute.

De la chaire au bureau des conventions

Freddy Yodi Shembo n’est pas arrivé à l’APCSC par hasard. 

Avocat de formation, formé à la rigueur du droit, il est aussi pasteur. Homme de parole et homme de discipline. Avant de prendre la tête de l’Agence de Pilotage, de Coordination et de Suivi des Conventions de collaboration en novembre 2022, il a sillonné les prétoires et les chaires, convaincu qu’une nation se construit autant avec des lois qu’avec une conscience. 

À 50 ans passés, père de famille, il porte une double casquette qui dérange et rassure à la fois : celle de l’homme de Dieu et celle du technicien de l’État. Pour lui, la foi ne contredit pas les chiffres. Elle les éclaire. C’est cette alliance entre conviction et méthode qu’il a voulu installer à la tête d’une agence longtemps perçue comme administrative, et qu’il entend transformer en sentinelle de la valeur congolaise.

Depuis novembre 2022, c’est à ce double héritage de Joseph et de Daniel qu’il se réclame. 

L’un pour prévoir. L’autre pour rester debout.

Joseph, ou l’art de prévoir pour ne pas subir

Joseph n’était pas qu’un interprète de songes. 

C’était un homme de chiffres. Un homme de greniers. Il comptait l’abondance pour en faire une réserve, et la réserve pour en faire le salut d’un peuple. Puis il rendait des comptes à Pharaon.

C’est cette même boussole que l’APCSC a choisie. 

Dès son arrivée, Freddy Yodi Shembo a planté le décor : « Pas de convention sans suivi ». 

« Les meilleures conventions, si elles ne sont pas suivies, deviennent des lettres mortes (…) s’il n’y a pas inspection, il n’y a pas respect, et la violation que vous tolérez devient le nouveau standard que vous acceptez », lançait-il, ferme, lors d’un point de presse sur la renégociation du contrat chinois.

En mars 2024, la doctrine est devenue acte. 

L’avenant n°5 à la convention sino-congolaise fait passer la part congolaise dans la centrale de Busanga de 25 % à 40 %. Il remplace l’endettement par un financement direct, assis sur le chiffre d’affaires de la Sicomines.

Et comme Joseph mesurant chaque gerbe avant l’hiver, l’APCSC est descendue sur le terrain. 

Des rocades de Kinshasa au barrage de Busanga, des équipes traquent l’écart entre l’encre et le béton, entre la promesse et le pylône, entre le contrat et le courant qui doit arriver dans les maisons.

Daniel, ou l’intégrité mise à l’épreuve

Daniel, lui, fut sondé. Fouillé. Attendu au tournant. 

Et rien. Aucune faille. Aucune négligence.

C’est cette transparence-là que l’APCSC a voulu éprouver sur son dossier le plus lourd : 17 ans d’exécution du programme sino-congolais, de 2008 à 2024.

Le 5 mars 2026, Freddy Yodi Shembo pose sa signature. 

Naît le consortium ATF-PCSC. Autour de la table, des noms qui pèsent : Rothschild & Co, EY, Mayer Brown, SRK Consulting. 

Leur mission : passer au crible la technique et la finance, certifier jusqu’au dernier gramme les ressources minières des permis d’exploitation n°9681 et n°9682.

 « S’il n’y a pas inspection, il n’y a pas respect, et la violation que vous tolérez devient le nouveau standard que vous acceptez », Freddy Yodi Shembo, Directeur général de l’APCSC

Il ne s’agit pas de chasse aux sorcières, dit-il. Il s’agit de « vérité des chiffres ». 

Une vérité qui traverse l’ère Kabila comme l’ère Tshisekedi, sans préférence, sans oubli. 

Même le CNPAV, sentinelle habituelle de l’opacité de la Sicomines, a salué la démarche. Tout en exigeant qu’elle s’achève, au bout, par des responsabilités. La preuve que la rigueur, quand elle est vraie, force le respect jusque chez ses critiques.

Un rempart contre les dérives

Daniel a refusé la compromission, même devant la fosse. 

L’APCSC a choisi le même refus.

Le 5 mars 2026, un autre acte : un mémorandum avec la Cellule Nationale des Renseignements Financiers, Cenaref. 

But : verrouiller les flux, couper les routes de l’argent sale dans les grands chantiers. 

« La mise en œuvre des grands projets d’infrastructures exige des standards élevés de transparence, de traçabilité et de responsabilité dans la gestion des ressources mobilisées pour le développement national », rappelle le directeur général.

La République a fini par voir. 

En décembre 2025, trophée d’excellence pour la relance du programme sino-congolais, longtemps resté en sommeil. 

Le même mois, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka franchit la porte de l’agence. Elle salue les avancées. Et redit l’exigence : que l’APCSC ait les moyens de faire son travail « selon nos lois et règlements ».

Une administration en marche, pas encore au terme

Joseph et Daniel n’ont pas régné dans la paix. Leur fidélité s’est trempée dans l’adversité. 

À l’APCSC aussi, la marche continue. 

Le contentieux sur l’intégration des agents de l’ancien BCPSC, qui avait emmené une foule devant la Primature en 2024, le rappelle : la rigueur qu’on exige dehors doit d’abord s’installer dedans.

Alors le cap reste tracé : audits indépendants, partenariat anti-blanchiment, inspections de terrain, redevabilité publique.

Au fond, le projet est simple. 

À l’image de ces figures bibliques, il ne s’agit pas de gérer pour soi. 

Il s’agit de gérer pour le peuple congolais. 

Pour que la terre donne sa juste valeur. 

Et que la valeur revienne à ceux à qui elle appartient.

Richardo Ngoyi

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