La nuit du jeudi 1er mai 2025 restera gravée dans la mémoire des Kinois comme celle du 4 au 5 avril de cette même année.
Un mois après les tristes inondations dans sa partie Est, la capitale congolaise est maintenant touchée dans sa partie Ouest les catastrophes du même genre causant ainsi la mort d’hommes et d’innombrables dégâts matériels.
Une fois de plus, après une forte pluie, la mégapole de plus de 17 millions d’habitants s’est réveillée sous le choc : maisons effondrées, routes éventrées, familles endeuillées et un nombre incalculable de sinistrés livrés à eux-mêmes.
Ces scènes de désolation, loin d’être une banalité, sont la triste illustration d’un drame récurrent et, selon de nombreux observateurs, largement évitable.
Les témoignages poignants affluent des quatre coins de la capitale. À Mont Ngafula, l’axe routier au croisement By-Pass-Elengesa est coupé, isolant des quartiers entiers. Plus loin, sur le tronçon Mabanga-Kindele, vers Kimwenza, les dégâts sont également considérables. L’avenue Lalou, dans la commune de Ngaliema, porte les stigmates de l’érosion qui a emporté des habitations et sectionné la voie, perturbant gravement la circulation. Même au cœur de la ville, dans la commune de Limete, le quartier Ndanu a été une nouvelle fois submergé par les eaux de la rivière N’djili, contraignant les habitants à se réfugier sur les toits.
Ces inondations ne sont pas un phénomène nouveau à Kinshasa. Chaque saison des pluies apporte son lot de destructions et de souffrances. Pourtant, force est de constater une absence criante de mesures efficaces pour endiguer ce fléau. Les quartiers populaires, souvent caractérisés par une urbanisation anarchique et une implantation dans des zones à risque, paient le prix fort de cette inaction. Le manque d’infrastructures de drainage adéquates et la prolifération de constructions sauvages exacerbent la vulnérabilité de la ville face aux intempéries. La réalité amère est que ce ne sont pas tant les pluies qui tuent, mais bien l’indifférence et le manque de prévoyance.
Face à l’ampleur de la catastrophe, l’indignation populaire gronde. Les réseaux sociaux sont inondés de messages de détresse, d’images choquantes d’enfants emportés par les eaux et de quartiers transformés en lacs. Un contraste saisissant se dessine entre la souffrance palpable des Kinois et le silence assourdissant des autorités. L’absence de plan d’urgence visible, la rareté des interventions sur le terrain et le caractère répétitif des promesses non tenues alimentent un sentiment d’abandon et de colère au sein de la population.
Ce mutisme des décideurs est perçu par beaucoup comme un mépris inadmissible. Où sont les politiques d’aménagement du territoire qui devraient anticiper ces crises ? Où sont les investissements massifs dans des systèmes de drainage modernes et efficaces ? Où est la volonté politique de s’attaquer aux racines de ce problème récurrent ?
Aujourd’hui, l’urgence est triple. Sur le plan humanitaire, il est impératif de venir en aide aux milliers de sinistrés qui ont tout perdu. Sur le plan structurel, une refonte profonde de l’aménagement urbain de Kinshasa est indispensable pour réduire sa vulnérabilité aux inondations. Cela passe par une planification rigoureuse, le respect des normes de construction et l’investissement dans des infrastructures durables. Enfin, sur le plan politique, il est crucial de rétablir la confiance entre les citoyens et leurs dirigeants en prenant des mesures concrètes et en rendant des comptes.
Kinshasa, avec son dynamisme et son potentiel, ne mérite pas d’être une ville où chaque averse se transforme en tragédie. L’effondrement d’une partie de l’avenue By-Pass et les menaces qui pèsent sur les habitations avoisinantes soulignent l’urgence d’agir.
Il est temps que les autorités sortent de leur léthargie et prennent leurs responsabilités pour que les prochaines pluies ne soient plus synonymes de deuil et de désespoir pour les Kinois.
Yasmine Witty

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