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Kinshasa/4ème Forum : le défi de l’industrialisation du génie scientifique congolais, du protocole à l’entreprise

À Kinshasa, la 4ᵉ édition du Forum du génie scientifique congolais met en avant plus de 305 prototypes et innovations. Derrière cette vitrine, le gouvernement veut désormais franchir une étape : faire de la recherche congolaise un véritable levier de production, d’emploi et de souveraineté technologique.

Pendant trois semaines, l’Institut national des arts de Kinshasa devient une vitrine du savoir-faire scientifique congolais. Ouverte mardi 11 août par la Première ministre Judith Suminwa, la 4ᵉ édition du Forum du génie scientifique congolais réunit plus de 305 prototypes et innovations développés en République démocratique du Congo. Les projets présentés couvrent notamment la santé, l’agriculture, l’énergie, le numérique et l’industrie.

Mais au-delà de l’exposition des inventions, le rendez-vous pose une question plus structurelle : comment faire passer les innovations congolaises du stade de prototype à celui de produits réellement exploités par l’économie nationale ? C’est précisément sur cette transformation que le gouvernement entend désormais concentrer ses efforts.

À l’ouverture du forum, Judith Suminwa a réaffirmé l’ambition de renforcer progressivement la part du budget national consacrée à la recherche scientifique pour la porter à plus de 3 %. L’objectif s’inscrit dans la volonté affichée par les autorités de donner davantage de moyens à la production scientifique et à l’innovation locales.

Du financement à la commercialisation, le maillon décisif

L’enjeu ne se limite toutefois pas au financement. Une innovation peut être développée dans un laboratoire ou par un inventeur indépendant sans parvenir à franchir les étapes qui séparent une idée fonctionnelle de sa commercialisation. Protection de la propriété intellectuelle, accès aux financements, accompagnement entrepreneurial, industrialisation et débouchés commerciaux constituent autant de maillons nécessaires à cette chaîne.

La ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Marie-Thérèse Sombo, a ainsi résumé l’ambition du gouvernement en appelant à passer « du prototype au brevet, du brevet à l’entreprise, et de l’entreprise à l’emploi ».

Cette orientation marque un déplacement du regard porté sur la recherche. Il ne s’agit plus seulement de mesurer la production scientifique au nombre d’études ou d’inventions réalisées, mais également à sa capacité à générer une activité économique et à répondre à des besoins concrets du pays.

Les secteurs mis en avant lors de cette édition illustrent cette volonté. Agriculture intelligente, transition énergétique, santé publique, numérique ou encore industries culturelles et créatives figurent parmi les domaines considérés comme prioritaires. Pour un pays confronté à des besoins importants en matière de production, d’accès aux services et de transformation industrielle, la recherche locale pourrait constituer un outil supplémentaire de réponse aux défis nationaux.

Reste cependant le passage à l’échelle. Une invention exposée dans un forum ne devient pas automatiquement une solution industrielle. Elle doit pouvoir être protégée, financée, produite à une échelle suffisante et trouver un marché. C’est sur cette capacité d’accompagnement que se jouera, en partie, la portée du forum.

Le gouvernement prévoit notamment de s’appuyer sur l’Incubateur du Génie scientifique ainsi que sur les Centres d’appui à la technologie et à l’innovation. La protection des inventions et le rapprochement entre les universités et les entreprises figurent également parmi les mécanismes envisagés pour renforcer cette chaîne.

Cette articulation entre monde académique et secteur privé constitue l’un des principaux défis. La recherche peut produire des solutions, mais leur transformation en biens ou services nécessite des capitaux, des compétences industrielles et des partenaires capables d’assurer leur diffusion.

Le Forum du génie scientifique congolais entend justement créer cet espace de rencontre entre chercheurs, inventeurs, entrepreneurs, investisseurs et pouvoirs publics. La présence de plus de 305 prototypes offre une photographie de la capacité d’innovation disponible dans le pays. La prochaine étape sera de déterminer combien de ces projets pourront franchir les portes de l’exposition pour entrer dans les laboratoires industriels, les entreprises et, finalement, le marché.

Pour la RDC, l’enjeu est donc moins de démontrer qu’elle possède des talents scientifiques que de construire les conditions permettant à ces talents de produire une valeur durable. Le véritable bilan de cette édition ne se mesurera pas uniquement au nombre d’innovations exposées jusqu’au 31 août, mais à leur capacité à survivre au-delà du forum.

Car entre inventer et industrialiser, la distance reste encore importante. C’est précisément cette distance que le gouvernement veut désormais réduire.

Yasmine Alemwa Ibango

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