À Kinshasa, une décision de l’Hôtel de Ville a déclenché une onde de choc : désormais, aucun mariage civil ne pourra être célébré sans quitus fiscal. Autrement dit, sans preuve de paiement des impôts urbains, il n’y aura plus d’acte de mariage.
Présentée comme une mesure de « civisme fiscal », cette exigence place l’État au cœur d’un acte profondément symbolique. Pour de nombreux Kinois, elle franchit une ligne rouge : l’amour et l’union deviennent conditionnés à une situation fiscale.
Dans les rues, le débat est vif.
Certains estiment qu’il est normal que chaque citoyen respecte ses obligations.
Mais pour beaucoup, cette mesure ressemble à une pression injuste dans un contexte où la majorité vit de l’informel.
“Le mariage est un droit, et non une transaction administrative”, confie une jeune femme de N’galiema.
Les autorités provinciales défendent cette politique comme un moyen de renforcer les recettes locales. Et pourtant é Kinshasa peine à mobiliser ses impôts, notamment dans le secteur foncier et locatif.
Mais, lier le mariage à la fiscalité pose une question essentielle : peut-on conditionner un droit civil fondamental à une capacité de paiement ?
Des juristes rappellent que le mariage civil est garanti par la Constitution et ne peut être transformé en privilège réservé aux citoyens en règle avec le fisc.
Les plus pauvres, grands perdants
Dans une ville marquée par le chômage et l’informel, des milliers de couples risquent d’être exclus du mariage légal.
Certes, la mesure crée une nouvelle frontière sociale :
• ceux qui peuvent payer,
• et ceux qui seront relégués aux unions non reconnues.
Si le quitus fiscal est courant pour des transactions commerciales ou immobilières, aucun pays ne conditionne le mariage civil au paiement des impôts. Kinshasa ouvre donc une voie controversée.
À vouloir fiscaliser le mariage, la ville risque surtout de briser la confiance entre l’État et ses citoyens.
Yasmine Alemwa Ibango
