Le plus vieux président africain et le plus ancien Chef d’Etat en exercice au monde est loin de rendre le tablier.
A la tête du Cameroun depuis 42 ans, le président Paul Biya a annoncé, dimanche 13 juillet, sa candidature à l’élection présidentielle prévue en octobre prochain. À 92 ans, le chef de l’État entend briguer un huitième mandat, confirmant ainsi son intention de rester à la tête du pays malgré les contestations de toute part.
« Soyez assurés que ma détermination à vous servir est à la mesure des graves défis auxquels nous sommes confrontés », a déclaré celui qui règne en roi sur « le continent » dans un message publié sur ses comptes officiels.
Paul Biya est arrivé au pouvoir en 1982, succédant à Ahmadou Ahidjo. À l’époque, sa nomination semblait marquer une phase de transition. Mais au fil des années, il a progressivement renforcé son emprise sur l’appareil d’État, en adaptant les institutions à sa longévité politique.
La révision constitutionnelle de 2008, qui a supprimé la limitation du nombre de mandats présidentiels, a ouvert la voie à une présidence potentiellement illimitée. Depuis, rien dans le droit camerounais ne l’empêche de se représenter, tant qu’il est élu.
Cette nouvelle candidature intervient alors que le pays reste confronté à de nombreuses tensions internes.
Dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le conflit séparatiste entamé en 2016 se poursuit. Les affrontements entre groupes armés et forces de sécurité ont causé des milliers de morts, déplacé des centaines de milliers de personnes et perturbé le système éducatif.
À cela s’ajoutent les attaques régulières de Boko Haram dans la région de l’Extrême-Nord, ainsi qu’une situation économique difficile : chômage élevé, inégalités régionales, corruption persistante et faible croissance inclusive.
La candidature du président sortant ravive les débats sur la transition politique au Cameroun. Si certains saluent la stabilité incarnée par Paul Biya, de plus en plus de voix, issues notamment de la jeunesse, de la société civile et de la diaspora, réclament une alternance démocratique.
Avec plus de 60 % de la population âgée de moins de 25 ans, une majorité de Camerounais n’a connu qu’un seul président. Ce décalage générationnel alimente un sentiment de frustration et d’exclusion vis-à-vis des décisions politiques prises sans leur participation.
L’élection présidentielle de 2018, remportée par Paul Biya avec plus de 70 % des voix, avait été marquée par de « nombreuses irrégularités et un faible taux de participation, notamment dans les zones de conflit ».
Le Cameroun est désormais à la croisée des chemins : entre continuité politique et appel au renouveau.
Yasmine Alemwa Ibango

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