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Teddy Lwamba, DG de la SNEL, brise la mobilité verte : qui l’a autorisé à démolir la station de Gombe ?

Une station de recharge rapide pour voitures électriques, installée légalement sur une emprise publique à la Gombe, a été démolie manu militari par la Société nationale d’électricité (SNEL), sans préavis ni véritable dialogue avec le promoteur.

Derrière ce fait en apparence technique se dessine un bras de fer contre un projet innovant de mobilité propre, aligné sur la vision d’une Kinshasa moderne, et les réflexes d’une entreprise publique accusée de freiner la transition énergétique.Une station autorisée, détruite sans préavisSelon les éléments recueillis sur le terrain et les autorisations brandies par le promoteur, la station détruite se trouvait sur une emprise de l’État, le long d’une avenue stratégique de la Gombe, à proximité d’une parcelle occupée par la SNEL.

L’entreprise à l’origine du projet, engagée dans la vulgarisation des véhicules électriques, affirme avoir obtenu une autorisation d’occupation précaire délivrée par les autorités de la ville (Le bourgmestre de la Commune de la Gombe) pour y installer une station de recharge rapide assortie d’un petit parking.Le 6 mars, après un échange avec le secrétariat général de la SNEL, le promoteur assure avoir été rassuré : que le dossier était remonté « au niveau du conseil d’administration de la SNEL » et une décision lui devrait être communiquée.

Quelques jours plus tard, des équipes de la SNEL descendent pourtant sur place, sans notification écrite préalable, et procèdent à la démolition complète des installations en construction.

Les images du chantier détruit font rapidement le tour des réseaux sociaux, où plusieurs voix dénoncent un « sabotage contre l’innovation » et une « démolition illégale » en plein cœur de la capitale politique et économiqueUne emprise publique et un droit d’occupation précaireAu cœur du dossier se trouve la question de la servitude et de l’emprise de l’État. En droit, l’emprise publique obéit à une hiérarchie : premier bénéficiaire, l’État ; deuxième bénéficiaire prioritaire, le propriétaire de la parcelle riveraine ; enfin, les tiers qui peuvent en obtenir l’usage temporaire, notamment à titre précaire.Dans ce cas précis, l’espace occupé par la station relève de l’emprise publique longeant une parcelle appartenant à la SNEL.

Faute de preuve qu’elle aurait modifié ses titres pour intégrer formellement cette bande de servitude, l’État reste en droit d’attribuer l’usage de cette emprise à un tiers, à condition que l’occupation soit précaire et que les installations soient facilement démontables en cas de besoin : c’est exactement le cadre dans lequel le promoteur dit avoir travaillé.Ce dernier insiste : la station n’occupait qu’environ 10 mètres de l’emprise, laissant un retrait d’environ 60 centimètres séparait le mur de clôture des premiers équipements et plus ou moins 15 mètres totalement libres restaient disponibles depuis le portail pour le passage et le stationnement des visiteurs de la SNEL.

La démolition ne s’explique donc ni par une impossibilité d’accès, ni par une occupation intégrale de la servitude.L’argument de sécurité fragilisé par la réalité du terrainLa SNEL met en avant la sécurité pour justifier la démolition : la proximité d’une cabine ou d’un transformateur rendrait toute installation tierce dangereuse.

Mais l’observation de cette même avenue – et d’autres quartiers de Kinshasa – montre une application à géométrie variable de cette logique.

À quelques dizaines de mètres du site détruit, un transformateur de la SNEL est posé sur la même servitude, entouré de véhicules en stationnement permanent, formant dans le cas decrit ci-haut d’un parking informel.Plus loin, des cabines électriques cohabitent avec boutiques et échoppes collées aux clôtures, parfois à l’intérieur même des enclos censés protéger ces équipements, exposant dans ce cas commerçants et riverains à des risques d’incendie manifestes.

Si la sécurité était le critère premier, les priorités devraient logiquement être la mise en conformité de ces situations à risque, et non la destruction d’un projet structuré, autorisé, réversible, éloigné des équipements les plus sensibles.

Pour le promoteur, l’argument sécuritaire sert surtout de paravent à une décision discrétionnaire visant un projet innovant devenu trop visible.Un parking moderne, temporaire, dans une ville saturéeLa station démolie n’était pas un bâtiment en dur, mais une installation modulaire, pensée pour être démontée rapidement en cas de besoin public dûment motivé.Sur le plan fonctionnel, il s’agissait d’une forme évoluée de parking : des véhicules stationnent pour une durée limitée, le temps de se recharger, puis repartent.Dans une ville où trottoirs et servitudes sont déjà massivement occupés par des parkings improvisés, des terrasses, des kiosques et des constructions anarchiques, la focalisation sur cette seule station interroge.

Les mêmes trottoirs accueillent aujourd’hui des véhicules collés à des cabines et transformateurs, sans que cela n’ait déclenché d’opérations spectaculaires comparables.

Une opportunité économique et écologique sacrifiéeAu-delà du foncier, la destruction de cette station envoie un signal négatif à tous les acteurs de la transition énergétique, partenaires et clients potentiel. Kinshasa a multiplié les annonces et partenariats pour développer un écosystème de mobilité verte, notamment avec des groupes comme Vingroup/VinFast, qui projettent l’introduction de dizaines de milliers de véhicules électriques et le déploiement de réseaux de recharge.

Les estimations avancées par le promoteur et les spécialistes du secteur évoquent des économies mensuelles de 350 à 500 dollars sur la facture de carburant pour un foyer basculant vers l’électrique.Dans un contexte de flambée des prix à la pompe, cette perspective représente un véritable ballon d’oxygène pour les ménages et les petites entreprises.Sur le plan environnemental, l’enjeu est tout aussi crucial : le trafic routier constitue l’un des principaux contributeurs aux émissions de CO2 et à la pollution de l’air à Kinshasa.

Le développement d’une flotte électrique et de stations de recharge rapides s’inscrit donc directement dans les engagements climatiques de la RDC et dans l’ambition affichée de faire de la capitale une « ville écologique » de référence.

L’insécurité juridique comme message aux innovateursDepuis six mois, des tests de véhicules électriques sont menés à Kinshasa « dans tous les scénarios possibles », malgré les délestages et la qualité fluctuante du réseau.Les stations de recharge rapide permettent une charge complète en 10 à 35 minutes, pour une autonomie minimale de 300 à 340 kilomètres, quand les bornes domestiques nécessitent plusieurs heures pour quelques dizaines de kilomètres seulement.

La station de la Gombe devait servir de vitrine : montrer que la technologie fonctionne ici, maintenant, et que l’autonomie n’est plus un frein.

En la détruisant sans préavis, la SNEL indique, en creux, qu’aucun projet – même autorisé, temporaire et aligné sur la vision officielle – n’est à l’abri d’une décision brutale.En filigrane, une question dérangeante s’impose : la SNEL peut‑elle exploiter les servitudes des autres sans que personne ne lui pose de problème, alors qu’elle détruit sans ménagement un projet autorisé installé sur l’emprise de l’État ? Comment justifier qu’une entreprise publique s’arroge un droit de fait sur des espaces qui ne lui appartiennent pas formellement, tout en refusant à d’autres acteurs, pourtant munis d’autorisations régulières, la possibilité de les utiliser temporairement au service de l’intérêt général ?Alerte publique : si le danger est réel, il concerne toute la villeUn élément du discours sécuritaire mérite enfin d’être pris au sérieux : le risque d’explosion évoqué autour des cabines et transformateurs.

Si, comme le souligne le conseiller en communication du professeur Teddy Lwamba, monsieur BOB Mbombo Lona, ces équipements « Transformateur » représentent effectivement un danger réel et imminent, et si la SNEL affirme qu’« ils peuvent à tout moment exploser », alors le problème dépasse largement le cas de cette station.

Dans ce cas, toutes les personnes disposant d’un transformateur dans leur parcelle, vivant à proximité immédiate d’une cabine électrique privée ou résidant dans des immeubles situés à quelques mètres de tels équipements doivent exiger des garanties formelles.La ville compte en effet des centaines, voire des milliers de cabines électriques implantées au contact direct des habitations, commerces et parkings.Il devient légitime de demander :

1.Des réponses écrites de la SNEL sur la sécurité de ces installations ;

2.Des inspections techniques systématiques dans les zones densément habitées ;

3.Le déplacement des transformateurs les plus dangereux vers des sites réellement sécurisés.

La protection de la vie humaine ne peut reposer ni sur des approximations, ni sur des décisions arbitraires. Si un risque existe, il doit être reconnu et traité de façon uniforme – et non invoqué de manière sélective pour justifier la destruction d’une station de recharge qui, en l’espèce, respectait des distances de sécurité que bien d’autres situations, tolérées dans la ville, ignorent complètement.

La rédaction

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