Home Monde SANTE : Un nouveau groupe sanguin MAL, identifié après 50 ans de recherches

SANTE : Un nouveau groupe sanguin MAL, identifié après 50 ans de recherches

  Quand on parle de groupe sanguin, la plupart des personnes font allusion immédiatement aux célèbres groupes A, B, AB ou O, parfois accompagnés du facteur Rhésus (+ ou -). Pourtant, derrière ces classifications bien connues, se cache une réalité beaucoup plus complexe, en réalité, il existe plus de 380 groupes sanguins différents dans l’échelle mondiale. Et récemment, les scientifiques viennent de découvrir et d’en ajouter un nouveau à la liste, il s’agit du groupe MAL.

Cette découverte majeure, publiée dans la prestigieuse revue scientifique Blood, est le fruit de près de 50 années de recherches menées par des scientifiques du NHS Blood and Transplant (NHSBT), au Royaume-Uni.

De quoi s’agit-il exactement d’un groupe sanguin ?

Un groupe sanguin correspond à une classification des globules rouges, les cellules chargées de transporter l’oxygène dans notre organisme. Cette classification repose sur la présence ou l’absence de molécules spécifiques appelées antigènes à la surface de ces cellules.

Ces antigènes jouent un rôle fondamental, celui de permettre au système immunitaire de distinguer ce qui appartient au corps (« le soi ») de ce qui lui est étranger (« le non-soi »). En cas de transfusion, si les globules rouges du donneur ne sont pas compatibles avec ceux du receveur, le système immunitaire peut les attaquer, provoquant des réactions parfois graves, voire mortelles. C’est pour cette raison que la compatibilité sanguine est essentielle en médecine.

Bien au-delà des systèmes ABO et Rhésus

Les systèmes ABO et Rhésus sont les plus connus, mais ils ne représentent qu’une infime partie de la diversité existante. En réalité, des centaines d’antigènes différents ont été identifiés, formant de multiples systèmes sanguins comme MNS, Duffy, Lewis, Diego, Bombay ou encore YT.

On parle de groupe sanguin rare lorsqu’il concerne moins de 4 personnes sur 1 000. En France, près de 700 000 personnes seraient porteuses d’un groupe sanguin rare. Ces groupes sont plus fréquents chez certaines populations, notamment celles originaires d’Afrique subsaharienne, des DROM ou de l’océan Indien.

L’histoire du groupe MAL commence en 1972, avec un cas médical tragique : une femme enceinte perd son bébé après que le système immunitaire de la mère a attaqué les globules rouges du fœtus. Les médecins découvrent alors une anomalie : la mère ne possède pas un antigène pourtant présent chez 99 % de la population mondiale, appelé AnWj.

Pendant longtemps, on pensait que l’absence de cet antigène était liée à certaines maladies comme les cancers ou des troubles du sang. Mais chez cette femme et plusieurs membres de sa famille, aucune pathologie n’expliquait ce phénomène. Les chercheurs ont alors soupçonné une origine génétique.

Le gène MAL au cœur de la découverte

Grâce aux progrès du séquençage génétique, les scientifiques ont analysé l’ADN des patients concernés. Résultat : ils ont identifié des délétions génétiques (des fragments d’ADN manquants) dans un gène précis : le gène MAL.

Ce gène code pour une protéine présente à la surface des globules rouges. Lorsque ce gène est altéré, la protéine n’est plus produite correctement, ce qui entraîne l’absence de l’antigène AnWj. C’est cette particularité qui définit aujourd’hui le nouveau groupe sanguin MAL.

Cette découverte n’est pas seulement scientifique, elle est aussi cliniquement cruciale car, elle permettra :

  • d’identifier plus facilement les patients porteurs de ce groupe rare,
  • d’éviter des accidents transfusionnels graves,
  • d’améliorer la prise en charge des femmes enceintes à risque d’incompatibilité fœto-maternelle,
  • et de renforcer les banques de sang spécialisées.

En clair, mieux comprendre les groupes sanguins rares, c’est sauver des vies.

Le groupe MAL rappelle une chose essentielle : la biologie humaine est loin d’avoir livré tous ses secrets. Même après des décennies de recherches, de nouvelles découvertes continuent de transformer la médecine moderne.

Dans un monde où la transfusion sanguine est un pilier des soins d’urgence, chaque nouvel antigène identifié représente un pas de plus vers une médecine plus sûre, plus précise et plus inclusive pour tous les patients, même les plus rares.

Yasmine Alemwa Ibango

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