Il est des cérémonies qui sont plus que des signatures. Ce vendredi, dans l’enceinte encore jeune de la Régie de Gestion des Déchets de Kinshasa, la REGEDEK n’a pas seulement changé de Directrice. Elle a changé de respiration.
Mme Salmon Fanny Aude a pris officiellement les rênes de la Direction Générale, succédant à M. Djo Kande Tshiepela. Une femme à la tête d’une des missions les plus titanesques de la capitale : rendre à Kinshasa, mégalopole de près de 15 millions d’âmes, son éclat, son souffle, sa dignité.
C’est plus qu’une nomination. C’est un symbole. Celui d’une génération qui refuse que Kin la Belle ne soit plus que Kin la Poubelle.
L’élégance de la gratitude
Face à l’assemblée, la voix est posée, calme, mais habitée d’une conviction tranquille. La nouvelle Directrice Générale ne commence pas par un programme, elle commence par un merci. Un merci à ceux qui lui ont confié ce fardeau noble.
« Je tiens tout d’abord à exprimer mes sincères remerciements à Son Excellence Monsieur le Gouverneur Daniel Bumba Lubaki, ainsi qu’au Ministre de l’Environnement, Propreté publique, Embellissement et Aménagement, Léon Mulumba, pour la confiance accordée. »
Puis, le geste rare, précieux : elle se tourne vers celui qui part. Elle honore le bâtisseur d’avant. Elle reconnaît que rien ne pousse sur du vide.
« Mes remerciements vont à la direction sortante pour les jalons posés. Les premières années d’une institution sont une tâche exigeante. C’est en consolidant ces acquis que nous allons évoluer », a-t-elle dit avec l’humilité des grands commencements.
Le déchet n’est plus une fin, c’est un commencement
Salmon Fanny Aude n’est pas une inconnue pour les avenues poussiéreuses de la capitale. Dix ans de combat pour le développement durable. Deux ans à co-piloter, les mains dans la boue et les idées au ciel, l’initiative « Assainir Kinshasa ». Elle connaît l’odeur des décharges à ciel ouvert de Limete, le courage des mamans qui trient, la fatigue des collecteurs à l’aube.
Alors, elle est venue avec une révolution douce : changer notre regard.
Et si l’ordure n’était plus une malédiction à cacher ? Et si elle était une matière à révéler ?
Son credo est limpide et poétique à la fois : faire du déchet kinois non plus une charge que l’on subit, mais une richesse que l’on cultive. Transformer le plastique en pavés, l’organique en compost fertile pour les maraîchers de N’sele, le tas d’immondices en emplois verts pour la jeunesse.
Elle parle d’une REGEDEK 2.0, plus lumineuse et plus juste, bâtie sur trois piliers qu’elle décline comme une prière laïque : la Transparence pour rendre des comptes, la Performance pour tenir promesse, et la Traçabilité pour que chaque sac collecté ait son histoire, du ménage jusqu’à sa seconde vie.
Un tableau de bord numérique où chaque Kinois pourra, demain, suivre le parcours de ses déchets. Une ville qui se gère enfin à la lumière.
Au centre de cette cathédrale à bâtir, elle replace les oubliés, les héros du quotidien : les PME locales, les jeunes collecteurs de quartier à vélo, les recycleuses de Masina. Ces invisibles qui tiennent Kinshasa propre à bout de bras.
Kinshasa Ezo Bonga, ensemble
Car sa plus grande force, elle le sait, n’est pas technique. Elle est humaine.
« On ne bâtit rien de pérenne dans l’isolement. Ma gestion sera axée sur l’écoute permanente, la concertation et des partenariats solides. »
Un appel. Un chant de ralliement lancé à tous les agents, à toutes les communes, du fleuve aux collines. L’invitation à laver ensemble, non pas seulement les rues, mais notre rapport à la ville.
Cette nouvelle ère s’inscrit en lettres d’or dans la grande vision du Gouverneur Bumba Lubaki : « Kinshasa Ezo Bonga » – Kinshasa doit briller. Et pour briller, Kinshasa doit d’abord respirer.
Avec Salmon Fanny Aude, la REGEDEK ne se contente plus de ramasser les restes du passé. Elle s’apprête à dessiner l’avenir. Un avenir où nos déchets ne racontent plus notre insalubrité, mais notre ingéniosité.
Kinshasa se relève. Et cette fois, c’est propre.
Rédaction
