RDC : Les entreprises publiques en sursis ? Les décisions de Julie Mbuyi Shiku font débat

En RDC, la gestion des entreprises publiques revient au centre du débat public. Au cœur des critiques : la ministre du Portefeuille, Julie Mbuyi Shiku, dont les dernières décisions interrogent la cohérence de l’action gouvernementale et la posture de l’État actionnaire.

Le cas CVM : suspension controversée dans un climat tendu

Le cas le plus surprenant est celui de Jeanne Blandine Kawanda Walwom, directrice générale de la Congolaise des Voies Maritimes (CVM-SA). Elle a été suspendue pour trois mois par un arrêté ministériel signé le 11 mai et diffusé sur la RTNC.

La ministre justifie cette mesure par la nécessité de protéger les intérêts de la République . Une enquête a été ouverte pour confirmer les faits et ses conclusions devront être transmises à la hiérarchie conformément au décret n°13.055 du 13 décembre 2013 relatif au statut des mandataires publics. Durant la suspension, l’intérim est assuré par les directeurs généraux adjoints.
A ce stade deja, tout observateur averti pourrait conclure que le sort de Mme Jeanne Blandine Kawanda est déjà scellé? Confirmer les faits, alors qu’ termes juridiques consacrés, l’enquête devrait aboutir à des conclusions à charge ou à décharge ?

Cette décision intervient dans un climat déjà tendu à la CVM, marqué par des frictions entre le Conseil d’administration et la direction générale.

Un signal contradictoire pour la réforme des entreprises publiques

Pour plusieurs observateurs, au-delà du volet disciplinaire, le timing et la méthode posent question. La mesure survient alors que la stabilité managériale reste fragile et que la ligne de l’exécutif manque de lisibilité.

Le contraste est d’autant plus marqué que le président Félix Tshisekedi affiche la volonté d’assainir et de moderniser les entreprises publiques. Dans ce contexte, l’enchaînement des suspensions est perçu par certains comme un signal contradictoire : difficile de conduire des réformes durables sans continuité à la tête des entreprises.

Or, la continuité du management reste un levier clé pour réussir ces réformes. Des décisions perçues comme brutales ou motivées par un rapport de force risquent d’affaiblir davantage des structures déjà fragilisées. Le droit de sanctionner n’est pas contesté. La question est de savoir s’il est exercé au moment opportun, alors que ces entreprises ont besoin de stabilité et de prévisibilité.

Le diagnostic de la Banque mondiale : sortir de la politisation pour réformer

Ce débat local fait écho au constat dressé par la Banque mondiale dans son rapport « Du parking à la voie rapide : Réformer les entreprises publiques », publié en mars 2026. L’institution dresse un bilan sévère de la gestion du portefeuille de l’État en RDC et propose des pistes de sortie.

Analyse : Des entreprises bloquées par la politisation
Le rapport montre que des structures comme la SNEL, la REGIDESO, la SNCC ou la Gécamines ne jouent plus leur rôle de moteur économique. Deux freins reviennent systématiquement :

  • La compétence reléguée au second plan : les nominations répondent davantage à des logiques de clientélisme qu’à des critères techniques, les mandats servant souvent de récompense politique.
  • L’absence de redevabilité : les dirigeants nommés sur des bases politiques rendent compte à leurs parrains plutôt qu’aux résultats de l’entreprise.

Propositions : professionnaliser et responsabiliser
Dépolitiser la gestion : La Banque mondiale recommande de recruter les DG par appel d’offres, via des cabinets spécialisés, et de lier leur mandat à des contrats de performance publics et mesurables. Elle préconise également d’interdire aux responsables politiques actifs d’occuper des postes de direction dans les entreprises stratégiques.

Somme toute, l’affaire CVM illustre un problème de fond : sans règles claires et sans continuité managériale, l’assainissement reste cosmétique. Comme le souligne le rapport, la RDC n’a plus besoin de diagnostics. L’enjeu est politique : rompre avec la logique de redistribution partisane pour faire primer l’efficacité et la redevabilité. À défaut, les entreprises publiques continueront de freiner l’émergence économique du pays.

Affaire à suivre .

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici