RDC-Fragilisation de la trêve par les offensives de l’AFC/M23 : Kinshasa dénonce une stratégie de déstabilisation

Le 18 février, une lueur fragile s’était dessinée à l’horizon.

Sous l’impulsion du président angolais João Lourenço, une trêve entrait officiellement en vigueur entre Kinshasa et la coalition AFC/M23. L’objectif était clair : faire taire les armes pour rouvrir le chemin du dialogue et donner une chance réelle à la paix.

Pour le gouvernement congolais, cette trêve représentait un engagement politique fort. Un signal adressé à la région et à la communauté internationale : la République démocratique du Congo choisit la voie diplomatique.

Mais dans l’est du pays, la paix reste constamment mise à l’épreuve.

Moins de vingt-quatre heures après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, des affrontements ont été signalés dans plusieurs localités du Nord et du Sud-Kivu. Les Forces armées de la RDC (FARDC) dénoncent des attaques coordonnées de la coalition AFC/M23, appuyée par des forces rwandaises.

Cette trêve n’était pas un simple arrêt technique des combats. Elle intervenait après des semaines d’intenses affrontements, marqués par des tentatives de progression rebelle et une pression diplomatique croissante au niveau régional.

Kinshasa affirme avoir respecté ses engagements. Pour les autorités congolaises, la reprise des hostilités constitue une violation manifeste de l’accord et une tentative délibérée de saboter les efforts diplomatiques en cours.

« Le gouvernement congolais est attaché à la paix, car c’est lui qui en a réellement besoin. Les rebelles, eux, cherchent à étendre leur contrôle. », a affirmé sans détour le maire d’Uvira, Kifara Kapenda Kyk’y

Derrière ces affrontements, Kinshasa voit une stratégie plus large : consolider des positions sur le terrain pour peser sur les négociations et maintenir une pression sécuritaire permanente dans l’est du pays.

De leur côté, comme l’on pouvait s’y attendre, la coalition AFC/M23 rejette ces accusations.
Son coordonnateur, Corneille Nangaa, soutient que leurs mouvements seraient une réponse au prétendu non-respect du cessez-le-feu par Kinshasa.

Mais pour le gouvernement congolais, les faits parlent d’eux-mêmes : les violations ont été constatées immédiatement après l’entrée en vigueur de la trêve, compromettant les efforts de médiation engagés par Luanda.

Deux narratifs s’opposent, mais un constat demeure : l’État congolais défend son intégrité territoriale face à une rébellion armée active sur son sol.

Pendant que les discours s’affrontent, les populations paient le prix fort.

Selon la société civile de Fizi et plusieurs sources humanitaires, plus de 200 000 personnes ont quitté leurs habitations depuis le début du mois de février. À Uvira, des familles entières survivent dans des camps improvisés, avec un accès limité à l’eau, aux soins et à l’aide humanitaire.

Dans les Hauts Plateaux de Minembwe, de nouveaux combats ont opposé les Wazalendo, alliés aux FARDC, aux miliciens Twirwaneho, proches de l’AFC/M23.

Pour Kinshasa, ces violences confirment que certaines forces cherchent à maintenir un climat d’instabilité, malgré les initiatives diplomatiques en cours.

Les FARDC affirment maintenir une posture défensive. L’armée parle de « manœuvres visant à saboter le processus de paix », tout en réaffirmant son engagement envers la médiation régionale.

Dans l’est de la RDC, la diplomatie continue d’avancer. Mais elle avance sous pression.

Pour les autorités congolaises, la paix ne peut être durable que si les engagements sont respectés et si toute ingérence extérieure cesse. Tant que des groupes armés chercheront à imposer un rapport de force sur le terrain, chaque trêve restera fragile.

Yasmine Alemwa Ibango

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici