Deux jours après avoir annoncé sa candidature à un huitième mandat, le président camerounais Paul Biya a procédé à un vaste réajustement de l’appareil militaire. Un signal fort en direction de l’armée, à trois mois d’un scrutin décisif.
À moins de trois mois de la présidentielle d’octobre, Paul Biya resserre les rangs. Le chef de l’État camerounais, au pouvoir depuis plus de 42 ans, a signé ce mardi une série de décrets réorganisant en profondeur le haut commandement des forces armées. Un acte fort, survenu à peine 48 heures après l’annonce officielle de sa candidature à un huitième mandat présidentiel.
Selon les textes lus à la radio nationale, ce remaniement concerne presque toutes les branches de l’armée. Le président Biya a nommé de nouveaux chefs d’état-major pour l’infanterie, l’armée de l’air et la marine. Huit généraux de brigade ont également été promus au rang de général de division, consolidant ainsi la base militaire autour de l’homme fort de Yaoundé.
Parmi les promus figure un nom stratégique : le coordinateur du Bataillon d’intervention rapide (BIR), cette unité d’élite spécialisée dans les opérations antiterroristes, notamment dans l’Extrême-Nord et les régions anglophones. Le BIR est reconnu comme l’un des piliers du dispositif sécuritaire présidentiel, souvent perçu comme un rempart personnel du régime.
Autre nomination-clé : celle d’un nouveau conseiller militaire spécial auprès du président, un poste hautement symbolique qui incarne le lien direct entre la présidence et la grande muette.
Pour de nombreux analystes, ces décisions ne relèvent pas du hasard. En effet, l’annonce de la candidature de Paul Biya a provoqué une vague de réactions critiques au sein de l’opinion publique et de l’opposition, qui contestent la longévité du chef de l’État, 91 ans, à la tête du pays. Dans ce contexte tendu, ce grand remue-ménage au sein de l’armée apparaît comme une stratégie visant à renforcer la loyauté des forces armées et à verrouiller l’appareil sécuritaire à l’approche du scrutin.
« Il s’agit clairement d’une opération de fidélisation des généraux à l’heure où le président entre dans une phase politiquement sensible », commente un analyste basé à Douala. « Paul Biya sait que dans un pays où l’armée joue un rôle central, le soutien du haut commandement peut faire toute la différence. »
Si les discours officiels parlent d’« efficacité stratégique » et de « redynamisation des structures militaires », peu d’observateurs sont dupes sur la portée politique de ces nominations.
Le Cameroun entre ainsi dans une période électorale sous haute tension, où l’ombre de l’armée plane de plus en plus ouvertement sur la scène politique.
Yasmine Alemwa Ibango



