
Au Nord-Kivu, province de la République Démocratique du Congo, 85,6 % des familles présentent une consommation alimentaire pauvre, selon une alerte du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA).
Selon cet organisme humanitaire, la dégradation de la situation sécuritaire a perturbé les activités agricoles, les circuits d’approvisionnement et le fonctionnement des marchés locaux.
De nombreux foyers ont perdu l’accès à leurs champs et ont été contraints de fuir leurs villages, réduisant considérablement la production agricole et les sources de revenus.
Dans plusieurs zones du Nord-Kivu, la majorité des familles dépendent presque exclusivement des marchés pour se nourrir. Or, la raréfaction des produits agricoles et les difficultés de transport ont entraîné une hausse significative des prix des denrées alimentaires, mettant les produits de base hors de portée de nombreuses familles.
Le rapport souligne également que près de 69 % des ménages n’ont plus accès à leurs terres agricoles, une situation qui fragilise l’économie rurale. Cette perte d’accès à la terre prive les familles des nourritures, et de revenus tirés de la vente de produits agricoles.
Face à cette pression économique, les stratégies de survie se multiplient. Plusieurs ménages déclarent réduire le nombre de repas quotidiens, vendre leurs biens essentiels ou s’endetter pour acheter de la nourriture. Cette dynamique accroît la vulnérabilité économique des populations et risque d’installer la crise alimentaire dans la durée.
Dans certaines localités, la situation atteint des niveaux critiques. À Rugarama, une localité située dans le groupement Busanza dans le territoire de Rutshuru, par exemple, les enquêtes humanitaires indiquent que 100 % des ménages présentent une consommation alimentaire pauvre, signe d’un marché alimentaire totalement déséquilibré.
Pour les acteurs humanitaires, la crise actuelle ne relève plus seulement de l’urgence alimentaire, mais aussi un déséquilibre profond de l’économie locale, où la production agricole, le commerce et le pouvoir d’achat des ménages sont simultanément affectés. Sans la stabilisation sécuritaire et la relance des activités agricoles, les marchés alimentaires du Nord-Kivu pourraient rester durablement fragilisés, prolongeant ainsi l’insécurité alimentaire qui touche déjà une large partie de la population.
Ridie Enembe (stagiaire)