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Nairobi/Africa Forward : Macron ravive le débat sur la relation’’ d’égal à égal’’ avec la France et l’Afrique

Au sommet « Africa Forward » organisé à Nairobi, au Kenya, le président français Emmanuel Macron s’est retrouvé au centre d’une controverse après une intervention musclée devant un public composé de jeunes entrepreneurs, d’artistes et de dirigeants africains. Une séquence largement relayée sur les réseaux sociaux qui relance les interrogations autour du positionnement de Paris sur le continent africain.

L’incident s’est produit lors d’une table ronde consacrée à l’innovation et à la jeunesse africaine. Visiblement irrité par le bruit dans la salle, Emmanuel Macron est monté sur scène pour interrompre les échanges et demander le silence. S’exprimant en anglais, il a dénoncé ce qu’il a qualifié de « manque de respect » envers les intervenants, affirmant vouloir « rétablir l’ordre ».

Si une partie de l’assistance a applaudi cette réaction, d’autres y ont vu une attitude jugée condescendante. Les images de la scène ont rapidement circulé en ligne, provoquant une avalanche de commentaires en Afrique comme en Europe. Plusieurs internautes et observateurs ont estimé que cette intervention contrastait avec le discours d’égalité et de partenariat défendu par Paris depuis plusieurs années.

La polémique intervient dans un climat déjà sensible entre la France et plusieurs pays africains, notamment en Afrique de l’Ouest où Paris a subi ces dernières années une série de revers diplomatiques et militaires. Après le retrait progressif des forces françaises de plusieurs États sahéliens et du Sénégal, la stratégie française semble désormais se tourner davantage vers l’Afrique de l’Est et les partenariats économiques.

Durant ce sommet, Emmanuel Macron a annoncé un programme d’investissement de 27 milliards de dollars destiné à soutenir différents secteurs sur le continent, notamment l’énergie, l’intelligence artificielle, l’agriculture et les infrastructures. Le chef de l’État français a également insisté sur la volonté de bâtir une relation « d’égal à égal » avec les pays africains.

Mais ce sont surtout ses déclarations sur le panafricanisme qui ont suscité de vives réactions. Lors d’une conférence de presse aux côtés du président kényan William Ruto, Emmanuel Macron a affirmé que « nous sommes les véritables panafricanistes », une phrase qui a immédiatement déclenché une polémique sur les réseaux sociaux.

Des figures politiques et intellectuelles africaines ont dénoncé une déclaration maladroite au regard de l’histoire coloniale française. La militante togolaise Farida Nabourema a notamment estimé que le panafricanisme représente avant tout une lutte historique contre l’esclavage, le colonialisme et les formes de domination extérieure.

En France également, certaines voix politiques ont critiqué l’attitude du président français. La députée Danièle Obono a accusé Emmanuel Macron de reproduire des réflexes hérités de l’époque coloniale dès qu’il se rend sur le continent africain.

Pour plusieurs analystes, cette controverse illustre surtout les difficultés persistantes de la France à redéfinir son image en Afrique. Beverly Ochieng, analyste au cabinet Control Risks, estime que Paris tente de reconstruire son influence à travers une nouvelle approche économique et diplomatique, mais que les perceptions héritées de l’histoire restent profondément ancrées.

Premier président français né après la période coloniale, Emmanuel Macron avait pourtant promis dès 2017 de refonder les relations entre la France et l’Afrique. Près de dix ans plus tard, chaque geste, chaque mot et chaque posture continuent cependant d’être scrutés avec attention sur un continent où les questions de souveraineté, de respect et d’indépendance demeurent particulièrement sensibles.

Alemwa Ibango Yasmine

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