*Fin des célébrations à Goma et les Léopards n’auront plus droit à la liesse populaire.*
À Goma, les rues ne vibreront plus au rythme des victoires de la RDC. Qualifiée pour les 16es de finale de la Coupe du monde 2026, l’équipe nationale est privée de tout hommage public. Sous contrôle de l’Alliance Fleuve Congo/M23 depuis le 27 janvier 2025, la ville a fait taire la fête. Désormais, chaque succès des Léopards se vit en silence, loin des rassemblements et des chants qui accompagnaient autrefois l’événement.
Le dimanche 28 juin, l’AFC/M23 a publié un communiqué interdisant « tout rassemblement spontané » autour des matchs. Elle invoque des « impératifs de prévention sanitaire » et le risque de propagation d’Ebola.
Cette décision fait suite à plusieurs scènes de liesse. Quelques jours plus tôt, des habitants étaient descendus dans la rue pour célébrer la qualification, en scandant des slogans à la gloire du président Félix Tshisekedi. Depuis, tout regroupement lié au Mondial est proscrit « jusqu’à nouvel ordre ».
Pour plusieurs ONG et acteurs de la société civile, le motif sanitaire masque un autre objectif : étouffer toute expression politique. Dans une ville administrée par un mouvement rebelle, toute marque de soutien à Kinshasa est traitée comme une provocation.
*Allégations de traitements inhumains depuis la prise de Goma*
Depuis janvier 2025, le M23, devenu la branche armée de l’AFC, est régulièrement cité dans des rapports d’ONG pour des faits de torture et de détention arbitraire.
*Un réseau de centres de détention illégaux*
L’ARJPDH, Association des Rescapés pour la Justice et la Paix pour les Droits Humains, accuse le M23 d’avoir transformé plusieurs sites en lieux de détention. Figurent sur la liste : l’ancien bureau de l’ANR surnommé « Chien Méchant », le Stade de l’Unité, le complexe SMIDD près de la RTNC, l’Assemblée provinciale, le compound de la 34ᵉ région militaire et un site à Kanyaruchinya.
Des rescapés décrivent un « enfer carcéral » : cellules surpeuplées, insalubrité, manque de nourriture. Ils évoquent des séances de torture au câble électrique, au marteau et des suspensions prolongées. Au centre « Chien Méchant », des détenus auraient été frappés à coups de câbles en caoutchouc ou de baguettes de bois dans la cour.
*Des chiffres officiels congolais*
Dans un rapport publié en février 2026, le Ministère des Droits Humains recense 17 015 cas d’atteinte à la vie et à l’intégrité physique à Goma et Bukavu. Parmi eux, 417 cas de torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants. Le document impute ces faits à l’AFC/M23, qualifié de « supplétif du Rwanda ».
*Des défenseurs des droits humains ciblés*
En février 2026, des experts de l’ONU ont dénoncé des « violences extrêmes » contre des défenseurs entre novembre 2025 et février 2026 : enlèvements, torture, menaces de mort. Deux femmes à Uvira et une défenseure LGBT auraient été enlevées puis torturées. À Goma, un jeune activiste a dû se cacher après avoir documenté des massacres.
L’AFC/M23 rejette ces accusations. Dans un communiqué de juin 2026, son porte-parole Lawrence Kanyuka a qualifié les rapports de Human Rights Watch de « profondément déséquilibrés » et « déconnectés des réalités du terrain ».
De son côté, la Commission d’enquête de l’ONU affirme que les investigations sont encore en cours. Aucune conclusion définitive n’a été tirée sur l’ampleur des violations. Elle confirme toutefois avoir recueilli des témoignages de violences sexuelles, d’esclavage sexuel, de recrutement forcé d’enfants et « d’autres violations graves » dans l’est.
*Goma sous tension à l’heure du Mondial*
L’interdiction de se rassembler intervient dans une ville où l’espace public est déjà verrouillé. En avril 2025, l’ONG BADILIKA évoquait une moyenne de 8 jeunes tués et 25 torturés chaque jour à Goma et Bukavu.
Pour Amnesty International, « le M23 a installé un climat de peur et de représailles brutales » depuis janvier 2025. L’organisation exige la libération immédiate des civils détenus arbitrairement et un accès libre des mécanismes de monitoring à tous les lieux de détention.
À Goma, la qualification des Léopards se vit donc dans le silence. Entre l’arrêté qui interdit de se rassembler et les récits de torture qui circulent, la ville reste tétanisée à l’idée de s’exprimer publiquement.
Richardo Ngoyi




