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Minerais critiques de la RDC : face à l’offre du M23 à Donald Trump, le CAMI au cœur de la souveraineté minière

Les révélations publiées le 10 mai 2026 par l’hebdomadaire britannique The Economist relancent, avec une intensité inédite, le débat sur la gouvernance des ressources minérales de la République démocratique du Congo. Selon le magazine, le mouvement rebelle M23, qui occupe de larges portions de l’Est du pays, aurait proposé à l’administration de Donald Trump l’accès à des gisements de minerais critiques et de terres rares situés dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Une offre qui, au-delà de son caractère provocateur, replace le Cadastre Minier (CAMI) au centre de la riposte institutionnelle congolaise.

Une offre rebelle qui défie l’ordre minier congolais

D’après The Economist, l’argumentaire commercial du M23 a été présenté lors de rencontres tenues sous des protocoles de sécurité particulièrement stricts : fouilles minutieuses par des gardes armés, inspection page par page des carnets des visiteurs, interdiction d’emporter téléphones, ordinateurs et même montres dans les salles de réunion. Pour le magazine, cette mise en scène trahit moins la puissance du mouvement que ses fragilités : le M23 chercherait, à travers une reconnaissance économique américaine, à compenser un déficit de légitimité politique et financière.

Le territoire convoité n’est pas anodin. Selon certaines sources, les constats sur l’AFC/M23 par son contrôle aujourd’hui des sites stratégiques tels que Rubaya (coltan), Lueshe (pyrochlore), Walikale et Bisie (étain, or, cassitérite), Lumbishi (tourmaline, coltan, or) ou encore Nzibira, carrefour majeur du commerce minier dans le territoire de Walungu. Dans un rapport du Groupe d’experts des Nations unies, on estime que près de la moitié de la production provinciale de cassitérite et de coltan, ainsi que plus des deux tiers de la wolframite du Sud-Kivu, proviendraient désormais de zones sous contrôle rebelle.

Le CAMI, gardien unique des titres miniers congolais

Face à cette offensive économico-militaire, une vérité juridique s’impose : aucune transaction portant sur un titre minier en RDC ne peut être valablement conclue en dehors du Cadastre Minier. Aux termes de l’article 12 du Code minier révisé, le CAMI est l’unique institution habilitée à recevoir, enregistrer et traiter les demandes d’octroi, de renouvellement, de transformation et de transfert des droits miniers ; il est également le notaire unique des contrats portant sur ces droits, y compris les hypothèques, cessions, amodiations et contrats d’option (CAMI).

En clair, toute  vente  de mines, de permis ou de concessions négociée avec un groupe armé  fût-ce avec un investisseur étranger de premier plan serait juridiquement nulle et non opposable à l’État congolais. Le CAMI inscrit dans ses registres et reporte sur la Carte de retombes minières l’intégralité des droits valides ; lui seul peut authentifier un transfert. Cette architecture, saluée par des partenaires internationaux comme la Banque mondiale, fait du cadastre congolais l’un des systèmes les plus transparents au monde dans son domaine (Spatial Dimension).

Un rempart juridique adossé à une stratégie gouvernementale

Le rôle du CAMI s’inscrit dans une stratégie plus large de Kinshasa visant à assécher le financement de la rébellion. Le ministère des Mines a ainsi prorogé, par arrêté du 3 novembre 2025, le statut « rouge » appliqué à 38 sites miniers du Nord et du Sud-Kivu, interdisant toute extraction et toute commercialisation de minerais issus de ces périmètres. Cette mesure, combinée à la mission cadastrale du CAMI, place de fait toute proposition du M23 hors du circuit légal international : un acheteur qui accepterait l’offre rebelle s’exposerait à des poursuites, à des sanctions et à l’impossibilité d’exporter ses minerais via les chaînes formelles de traçabilité.

Le CAMI, vitrine d’un partenariat américain alternatif et légal

Le paradoxe est d’autant plus saisissant que la coopération minière entre la RDC et les États-Unis connaît, par ailleurs, une dynamique officielle et structurée. En juillet 2025, l’ancien  ministre des Mines et le Directeur général de Kobold Metals RDC, Benjamin Katabuka, ont signé un accord stratégique articulé autour de la numérisation des données géologiques, du recours à l’intelligence artificielle pour l’exploration et du développement du gisement de lithium de Manono, au Tanganyika . La présence à cette cérémonie du Directeur général du CAMI, Popol Mabolia, a été présentée par l’investisseur lui-même comme « un gage de transparence et un signal fort envoyé aux investisseurs internationaux ».

Autrement dit, lorsque Washington cherche un partenariat minier sérieux en RDC, le chemin légal et bancable passe par Kinshasa et par le Cadastre Minier  non par les fronts du Kivu.

Souveraineté, traçabilité et message aux investisseurs

L’offre rapportée par The Economist doit ainsi être lue comme un test de la solidité du cadre minier congolais. La réponse institutionnelle, elle, repose sur trois piliers complémentaires : la régulation cadastrale assurée par le CAMI, la mesure de gel des sites miniers occupés et la diplomatie économique menée sous l’impulsion du Président Félix Tshisekedi en direction des grands acteurs occidentaux des minerais critiques.

Pour les investisseurs, le message est clair : la valeur d’un permis minier en RDC ne se mesure pas à la force d’un groupe armé qui prétendrait l’octroyer, mais à l’inscription régulière de ce titre dans les registres du CAMI. C’est cette inscription, et elle seule, qui ouvre l’accès aux marchés internationaux, à la traçabilité ITSCi et aux financements conformes aux standards ESG.

À l’heure où la compétition mondiale pour le cobalt, le coltan, le lithium et les terres rares s’intensifie, la République démocratique du Congo rappelle, à travers son Cadastre Minier, qu’elle entend rester maîtresse de son sous-sol et interlocutrice unique des puissances industrielles.

La rédaction Rd Congo-monde

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