Dans une décision qui a surpris l’ensemble du pays, le colonel Michael Randrianirina, chef de la junte militaire malgache, a dissous ce lundi le gouvernement, limogeant le Premier ministre et l’intégralité du cabinet. Le colonel, arrivé au pouvoir en octobre dernier après des semaines de manifestations populaires, a indiqué qu’un nouveau Premier ministre serait nommé « conformément aux dispositions prévues par la Constitution », sans donner plus de détails sur les raisons de cette décision.
Depuis la chute d’Andry Rajoelina, contesté pour son élection présidentielle de 2023, Madagascar vit sous le contrôle militaire. Les manifestations qui avaient conduit au départ de Rajoelina étaient motivées par les pénuries persistantes d’eau et d’électricité et portées en grande partie par la jeunesse de l’île. Ces mouvements ont contribué à légitimer l’ascension de Randrianirina et restent aujourd’hui une force de pression sur le processus de transition.
La dissolution du gouvernement relance les interrogations sur la stabilité institutionnelle de Madagascar. La junte s’était engagée à organiser de nouvelles élections dans un délai de deux ans, mais aucune feuille de route concrète n’a encore été présentée. En décembre, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) avait demandé aux autorités militaires de clarifier leurs plans pour restaurer la démocratie et garantir la tenue d’élections avant février, exigence qui reste pour l’instant sans réponse.
À l’échelle internationale, la décision de Randrianirina est scrutée de près. La région de l’océan Indien et les bailleurs de fonds surveillent l’évolution politique, conscients qu’un prolongement du vide gouvernemental pourrait fragiliser l’économie et la stabilité de l’île. Au niveau local, les jeunes leaders qui avaient soutenu la junte demandent une meilleure représentativité dans les structures décisionnelles et appellent à un processus plus inclusif, menaçant de transformer la transition promise en un terrain de contestation sociale.
Dans les prochains mois, Madagascar pourrait emprunter plusieurs voies : formation d’un gouvernement intérimaire inclusif, prolongation de l’intérim militaire ou contestations populaires. Chaque choix du colonel Randrianirina sera désormais décisif pour l’avenir politique du pays, qui oscille entre promesses de démocratie et contrôle militaire.
Yasmine Alemwa Ibango
