Jeudi 27 août 2026, 20 heures, depuis la Cité de l’Union Africaine à Kinshasa, sous les lumières de la RTNC, Félix-Antoine Tshisekedi s’est adressé à la Nation. Ce n’est pas une allocution de routine. En une seule journée, en deux temps, le Chef de l’Etat congolais a tissé le même fil : comment tenir une nation quand elle vacille.
Le matin, la main tendue. Le soir, la main ferme.
*1. Un double discours en une soirée*
Au lever du jour, au Centre culturel et artistique pour les pays d’Afrique centrale, il a lancé la Campagne permanente de solidarité nationale, portée par la ministre d’Etat Eve Bazaiba Masudi. Un geste social.
A la tombée de la nuit, il a annoncé le Dialogue entre Congolais, promis le 16 août à Libreville devant la diaspora. Un geste politique.
Deux scènes, une même conviction : l’unité ne se décrète pas dans un communiqué, elle se construit, franc après franc, village après village.
*2. Le dialogue : ouvert à tous, sauf aux armes*
C’est l’onde de choc du discours. Le Président confirme : le dialogue national aura lieu. Pour panser les « crises perpétuelles et fractures » du pays.
_La forme :_ Il partira de la base vers le sommet. D’abord écouter les provinces, les catégories, les territoires, puis seulement se retrouver à Kinshasa. Il se tiendra sur le sol congolais. Il ne remettra pas en cause les institutions. Une ordonnance nommant les facilitateurs des bons offices est annoncée comme imminente.
_Le fond :_ Il y a une ligne rouge, tracée à l’encre claire. L’AFC-M23 n’y siégera pas.
« Ne pourront donc pas participer à ce dialogue en qualité de composante politique ceux qui, à l’ouverture du processus, combattent par les armes l’ordre constitutionnel, occupent par la force une partie du territoire national, administrent illégalement des entités de la République ou agissent au service d’une puissance étrangère, en l’occurrence le Rwanda »
L’analyse est limpide : Tshisekedi reprend la main. Il reprend un projet longtemps porté par la CENCO et l’ECC, réclamé à cor et à cri par la Coalition Article 64. Il répond à ceux qui exigeaient la présence de Corneille Nangaa et de Joseph Kabila par un principe républicain simple : on ne débat pas de la maison avec celui qui y met le feu.
Et il enterre une vieille méthode :
« Nous avons trop souvent répondu aux crises par le partage du pouvoir plutôt que par la consolidation de l’État. Le peuple congolais a souvent été appelé à soutenir des conclusions qu’il n’avait pas véritablement contribué à élaborer. »
Fini les accords conclus dans les couloirs feutrés d’hôtels étrangers. Sa phrase résume tout : « Aucun accord ne peut durer s’il n’est pas compris, approprié et défendu par la nation elle-même. »
*3. La solidarité : le coeur comme politique*
Second pilier, plus intime, plus viscéral. Quinze millions de Congolais frappés par la crise humanitaire. Tshisekedi rappelle que la dignité d’un peuple ne peut dépendre d’une perfusion extérieure.
Deux sentences, comme deux serments :
« Le premier droit de notre peuple est d’être protégé. Le premier devoir de l’État est de secourir les plus fragiles. »
Au président de souligner:
« Aucune complaisance, aucune opacité et aucun détournement ne pourront être tolérés. Chaque franc versé devra servir. Chaque don devra parvenir à sa destination », a martelé Félix Tshisekedi.
Trois lectures s’entrelacent :
– *Économique :* À l’heure où l’aide internationale fléchit, Kinshasa invente sa propre caisse de résilience.
– *Éthique :* En exigeant la transparence totale, le Président désamorce le vieux soupçon, ce talon d’Achille qui a fait chuter tant d’élans de solidarité.
– *Identitaire :* Il élève la solidarité au rang de rempart : « un instrument de cohésion nationale et un puissant rempart contre le tribalisme, le racisme, le régionalisme ». Car, dit-il, « la souffrance de nos compatriotes ne connaît ni province, ni ethnie, ni langue, ni religion ».
Enfin, il se tourne vers la jeunesse, cette « force vive et espérance de la nation », l’invitant à faire du numérique une arme de solidarité, non de haine.
*Le verdict*
Ce 27 août, Félix Tshisekedi n’a pas seulement parlé. Il s’est positionné.
Un garant de l’unité, oui, mais d’une unité conditionnelle : on s’unit entre ceux qui respectent la Constitution.
Un stratège qui déplace le centre de gravité de la paix : elle ne viendra pas seulement de Washington ou de Doha, mais du fin fond des territoires congolais.
Un chef qui lie le ventre et le drapeau : on ne peut demander la cohésion à un peuple qui a faim et qui est déplacé.
Le risque demeure : que cette exclusion de l’AFC-M23 fasse passer le dialogue pour un dialogue tronqué aux yeux d’une partie de l’opinion et de la communauté internationale.
Le pari, lui, est poétique et politique à la fois : que la voix de la base, longtemps étouffée, donne enfin à ce dialogue la légitimité que les partages de postes n’ont jamais su lui offrir.
Richardo Ngoyi




