
À Nairobi, les pluies torrentielles qui s’abattent depuis le début du mois de mars continuent de faire des ravages, révélant au grand jour, la vulnérabilité des populations les plus précaires et les limites de la gestion urbaine.
Selon un bilan officiel publié dimanche 22 mars, 81 personnes ont perdu la vie et plus de 2 000 familles ont été contraintes de fuir leur domicile.
La capitale kényane concentre à elle seule près de la moitié des victimes. Dans les quartiers informels, notamment à Mukuru Kayaba, les habitants vivent au rythme de la montée des eaux, dans une angoisse permanente.
Dorothy Mathai en fait partie. Son logement a été envahi à deux reprises après le débordement de la rivière Ngong, survenu dans les nuits du 6 au 7 mars puis du 14 au 15 mars. Depuis, elle vit dans la peur d’une nouvelle crue.
« Ici, j’ai préparé un sac pour partir en urgence. J’y ai mis mes affaires essentielles et celles de mes enfants. Je ne dors plus, je surveille constamment le niveau de la rivière », confie-t-elle.
Comme elle, de nombreux habitants ont tout perdu. Clinton Kissia, propriétaire d’un petit cybercommerce, peine à se relever après les dégâts causés par les inondations.
« J’ai perdu mes équipements : consoles, télévisions, ordinateurs… tout est détruit. Aujourd’hui, je n’ai plus les moyens de recommencer ailleurs », déplore-t-il, appelant les autorités à agir.
Car au-delà de la catastrophe naturelle, c’est la gestion de la crise qui suscite de plus en plus de critiques. L’absence de mesures préventives efficaces, combinée à l’urbanisation anarchique le long des cours d’eau, est pointée du doigt par les habitants.
La situation reste d’autant plus préoccupante que la montée des eaux dans les réservoirs fait craindre la rupture de certaines infrastructures hydrauliques, exposant davantage les populations vivant en aval.
Face à la pression, les autorités locales ont annoncé des mesures, notamment la démolition des constructions jugées illégales en bordure des rivières. Une décision qui divise, alors que de nombreuses familles n’ont nulle part où se reloger.
Ridie Enembe (stagiaire)