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John Banza Lunda recoud la RDC par la route : l’offensive est lancée pour Tshopo, Maniema et Nord-Kivu

Lundi 17 août à Kisangani, John Banza Lunda, ministre des Infrastructures et travaux publics, a réuni les gouverneurs de la Tshopo, du Maniema et du Nord-Kivu pour examiner comment améliorer les liaisons routières entre leurs trois provinces.

Au cœur des discussions, la RN3 qui relie ces territoires, avec les RN4 et RN7. Ce sont des axes que les usagers connaissent pour leurs coupures pendant la pluie, leurs camions bloqués des jours et leurs produits qui pourrissent avant d’atteindre le marché.

Sur le terrain, le problème ne se compte pas en kilomètres. Il se compte en coût. 

Un sac de sel qui double de prix entre Kisangani et Kindu. 

Une femme enceinte qui met 12 heures pour atteindre un centre de santé à 80 km. 

Un producteur de cacao du Maniema qui ne peut pas vendre à Goma parce que le transport coûte plus cher que la marchandise. 

Pour des millions de personnes, la rencontre n’était donc pas seulement ministérielle. C’était d’abord une question de prix du sac de riz et de temps de trajet.

C’est ce quotidien que le ministre veut attaquer. Son appel aux autorités provinciales est de travailler ensemble pour accélérer le désenclavement. L’idée n’est plus de gérer chaque province seule, mais de traiter le corridor dans son ensemble. John Banza Lunda souhaite que ce modèle de coordination soit copié dans d’autres parties du pays.

Cette démarche s’inscrit dans le Programme national de désenclavement et de connectivité. Selon le ministre, l’objectif est de prendre en charge 22 800 km de routes pour recoudre le pays, consolider les corridors nationaux et les connecter aux grands axes régionaux. Concrètement, le ministère prévoit de lancer d’ici fin 2026 les premiers appels d’offres pour 3 200 km prioritaires, dont 650 km sur le corridor Kisangani-Kindu-Bukavu. La priorité ira aux sections qui désenclavent les zones agricoles et minières.

Pour y arriver, le gouvernement mise sur un mix de financements : budget national, partenariats public-privé et appui des bailleurs. Au cœur du corridor, les partenaires techniques se mobilisent déjà. Des études de faisabilité financées par la Banque africaine de développement et l’Union européenne sont en cours sur les tronçons les plus dégradés de la RN3. L’objectif est de passer d’un entretien d’urgence à une réhabilitation structurante avec drainage, ouvrages de franchissement et matériaux adaptés aux fortes pluies. Les gouverneurs ont aussi proposé d’impliquer les comités locaux de suivi afin que les communautés signalent les points critiques et participent à l’entretien courant.

Au-delà du bitume : sécuriser, fluidifier et donner du pouvoir aux producteurs

Un autre défi évoqué à Kisangani concerne la sécurité et la logistique. Le ministre a insisté sur la nécessité de sécuriser les axes pour éviter les tracasseries et les barrières illégales qui renchérissent le transport de 30 à 40%. Il a également plaidé pour la création de zones de stockage et de marchés frontaliers le long de la RN3, afin que les petits producteurs puissent vendre sans passer par des intermédiaires. Une plateforme numérique de suivi des travaux et du trafic est à l’étude pour rendre l’avancement des chantiers public et vérifiable.

Pour le ministère, l’enjeu dépasse le bitume. Il s’agit d’intégration. Quand une route redevient praticable, un élève rejoint son école, un malade arrive à l’hôpital, un commerçant écoule ses stocks. Les experts estiment qu’une meilleure connectivité pourrait réduire de moitié le coût du transport des intrants agricoles et améliorer l’accès aux soins dans 120 zones de santé isolées. Pour les jeunes de ces trois provinces, c’est aussi la promesse d’emplois dans les chantiers, la maintenance et le commerce transfrontalier.

Parce qu’au bout de la RN3, il n’y a pas que des cartes. Il y a des vies, des marchés, et l’espoir que circuler ne soit plus un luxe. La route, dit-on à Kisangani, ne relie pas seulement des villes. Elle relie des avenirs.

Richardo Ngoyi

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