Le président français Emmanuel Macron a effectué une visite hautement symbolique au Gabon, saluant le “tournant historique” amorcé depuis le coup d’État du 30 août 2023 qui a mis fin à plus d’un demi-siècle de règne de la dynastie Bongo. Pour Paris, ce moment marque la possibilité d’un renouveau politique et économique, dans un pays où les attentes populaires sont immenses.
Dès son arrivée à Libreville, accueilli avec les honneurs militaires, défilés et portraits géants installés dans la capitale, Macron a insisté sur l’importance de cette phase de transition. Selon lui, le Gabon entre dans “une nouvelle ère de pluralisme, de stabilité et d’inclusion” sous la direction du général-président Brice Oligui Nguema, qui a, contrairement à d’autres régimes issus de coups d’État en Afrique, choisi de maintenir un dialogue étroit avec Paris.
Sur le plan économique, le chef de l’État français a placé la barre haut : la France veut accompagner le Gabon dans une transformation plus profonde de son économie, encore largement dépendante du pétrole. Macron appelle à “rompre avec l’économie de rente” et à accélérer l’industrialisation locale, notamment dans la transformation du manganèse, ressource dont le Gabon est l’un des leaders mondiaux.
Il a exhorté les entreprises françaises à “faire preuve d’exemplarité”, afin de reconstruire la confiance et d’éviter toute répétition des dérives passées. Une allusion directe aux soupçons d’avoir détournés pendant la présidence d’Ali Bongo, sur lesquels Libreville souhaite désormais faire toute la lumière.
Sur le volet sécuritaire, Paris et Libreville ont renouvelé pour deux ans leur partenariat de défense. La présence française sera réduite, mais recentrée sur la formation, un repositionnement qui traduit la volonté de ne plus imposer un dispositif militaire figé, mais d’accompagner la montée en compétences des forces gabonaises.
Le secteur privé français, déjà bien implanté dans le pétrole et le manganèse, voit aussi dans ce nouveau contexte l’opportunité de renforcer sa présence. L’un des projets phares, soutenu par l’Élysée, concerne la réhabilitation du Transgabonais, un axe ferroviaire vital pour l’exploitation et l’exportation des ressources du pays.
Avec ce voyage, Emmanuel Macron cherche à réaffirmer l’influence française dans un contexte régional marqué par les ruptures diplomatiques au Sahel. Libreville, lui, souhaite consolider un partenariat rééquilibré, plus respectueux de sa souveraineté et de ses ambitions économiques.
Dans un climat de transition politique et de quête de diversification économique, cette visite apparaît comme un moment clé, où s’esquisse une relation bilatérale redéfinie, moins paternaliste et davantage axée sur des projets concrets.
Reste à savoir si les engagements affichés se traduiront, sur le terrain, par des transformations tangibles pour les Gabonais.
Yasmine Alemwa Ibango
