Le Sénégal s’apprête à renouer avec le Fonds monétaire international (FMI), avec un accord de principe portant sur un programme de 36 mois au titre de la Facilité élargie de crédit, pour environ 2,2 milliards de dollars. Mais au-delà de l’appui financier, ce nouveau programme constitue aussi un test pour Dakar, appelé à restaurer la confiance dans la gestion de ses finances publiques. L’accord doit encore être approuvé par la direction et le Conseil d’administration du FMI.
Ce retour intervient après la rupture de la coopération financière en 2024, consécutive à la découverte d’importantes divergences dans les données budgétaires communiquées par les autorités sénégalaises. Le déficit de 2023, initialement annoncé à 4,9 % du PIB, avait notamment été réévalué à 12,3 %, tandis que la dette publique avait également été revue à la hausse.
Le nouveau programme répond ainsi à un double impératif : apporter des ressources à une économie confrontée à de fortes contraintes financières et remettre de l’ordre dans les comptes de l’État. Le FMI exige notamment des mesures correctives liées aux déclarations erronées de données, ainsi que des assurances de financement auprès des partenaires du Sénégal.
Dakar devra également agir sur plusieurs fronts : mobilisation des recettes intérieures, maîtrise des dépenses, gestion de la dette et des arriérés, mais aussi supervision des entreprises publiques. L’objectif est de restaurer progressivement la viabilité des finances publiques, tout en préservant les ménages les plus vulnérables grâce à des mécanismes de protection sociale.
Cette exigence intervient alors que l’économie sénégalaise bénéficie d’un nouveau moteur de croissance. En 2025, le pays a enregistré une progression de 6,7 %, soutenue notamment par sa première année complète de production pétrolière. Hors hydrocarbures, la croissance est toutefois restée limitée à 2,2 %, soulignant la nécessité de diversifier les sources de revenus de l’économie.
Pour Dakar, les 2,2 milliards de dollars ne constituent donc qu’une partie de l’enjeu. La prochaine étape sera de transformer cet accord de principe en programme effectivement approuvé, puis de démontrer que les réformes annoncées peuvent restaurer durablement la discipline budgétaire et la fiabilité des données publiques. Le retour du FMI se joue ainsi autant sur le terrain du financement que sur celui de la confiance.
Alemwa Ibango Yasmine



