Artère stratégique par laquelle transite près d’un cinquième du pétrole mondial, le détroit d’Ormuz a rouvert d’ores et déjà ses portes, mais avec un vigile devant pour l’instant.
Mercredi 24 juin 2026, plusieurs navires y ont de nouveau été observés, signe d’un redémarrage progressif encadré par un dispositif spécial mis en place par l’Organisation maritime internationale (OMI) pour sécuriser cette zone longtemps paralysée par les tensions régionales.
Selon le secrétaire général de l’OMI, Arsenio Dominguez, une opération coordonnée avec l’Iran, Oman, les États riverains du Golfe, les États-Unis ainsi que les acteurs du transport maritime est désormais en cours. Objectif : permettre l’évacuation de près de 11 000 marins encore bloqués à bord de navires immobilisés dans la zone.
L’organisation affirme avoir obtenu des garanties de sécurité de la part des différentes parties prenantes, après une évaluation des conditions de navigation. Les mouvements sont toutefois réalisés de manière progressive afin de limiter les risques d’incidents en mer.
Malgré ces avancées, la situation demeure instable. Le cessez-le-feu récemment annoncé a déjà été fragilisé par de nouvelles tensions impliquant l’Iran et les acteurs régionaux. Washington, de son côté, poursuit des discussions diplomatiques pour garantir la libre circulation dans ce passage maritime essentiel.
Les données de la société de suivi maritime Kpler indiquent une reprise graduelle du trafic : 25 navires transportant des matières premières ont franchi le détroit mardi, contre 17 enregistrés le lendemain en cours de journée. Ces chiffres devraient encore évoluer avec la confirmation des passages par satellite.
Même s’ils restent loin des 38 traversées enregistrées en une seule journée au pic des tensions, ces volumes marquent un redressement notable après une période durant laquelle moins de dix navires par jour empruntaient cette route entre mars et mi-juin.
L’accord est provisoire : 60 jours seulement
Depuis le protocole d’accord signé le 14 juin entre Washington et Téhéran, le trafic moyen est remonté à environ 22 navires par jour. En temps normal, près de 120 bâtiments transitent quotidiennement par le détroit d’Ormuz, passage incontournable pour les exportations mondiales de pétrole et de gaz naturel liquéfié.
Pour fluidifier les opérations, l’OMI a mis en place de nouvelles routes maritimes sécurisées, incluant un corridor longeant les côtes omanaises pour les navires sortants du Golfe et un itinéraire passant par les eaux iraniennes pour les trajets dans les deux sens.
L’agence onusienne espère désormais accélérer le rythme des évacuations, avec un objectif de cinquante navires par jour dans les prochains jours.
Les très grands pétroliers (VLCC), capables de transporter plus de deux millions de barils de brut, recommencent également à emprunter la voie maritime. Trois superpétroliers ont franchi le détroit mercredi, acheminant environ 4,1 millions de barils hors du Golfe.
Parallèlement, le commerce lié à l’Iran enregistre un regain d’activité. Plusieurs navires associés aux exportations iraniennes ont traversé la zone depuis le début de la semaine, dans un climat facilité par la suspension temporaire de certaines sanctions américaines sur le secteur pétrolier jusqu’au 21 août.
Washington a également suspendu l’application du blocus des ports iraniens instauré en avril, une décision qui avait fortement réduit les échanges maritimes dans la région.
Si la reprise du trafic constitue un signal encourageant pour les marchés énergétiques mondiaux, le détroit d’Ormuz reste sous forte surveillance. Sa position stratégique en fait un point névralgique où chaque évolution politique ou militaire peut rapidement impacter les flux mondiaux d’énergie.
Dans ce fragile équilibre, la stabilité du corridor maritime dépend désormais autant de la diplomatie que de la capacité des acteurs internationaux à maintenir un minimum de coopération sur l’eau.
Yasmine Alemwa Ibango
