Course à l’OIF : la RDC avance Juliana Lumumba et jauge sa puissance diplomatique

À l’approche du Sommet électif de 2026 au mois d’octobre au cambodge , la République démocratique du Congo ne présente pas seulement une candidate, mais elle engage aussi une ambition. En propulsant Juliana Amato Lumumba au poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), elle met à l’épreuve son influence, sa capacité de coalition et sa crédibilité dans un espace francophone outillé par des lignes de fracture politique et régionale.

Comme quoi, la bataille est institutionnelle, mais l’enjeu est diplomatique.

En effet, la course au secrétariat général de l’OIF est officiellement ouverte. Cette fois, la RDC ne veut pas faire le spectateur, plutôt, elle joue sur le terrain.

Derrière le choix de Juliana Lumumba, il y a une référence. Celui d’un pays qui veut compter dans la gouvernance francophone. Celui d’un État qui cherche à convertir sa centralité démographique et linguistique en leadership politique. Car, briguer à la tête de l’OIF, ce n’est pas seulement viser une fonction. C’est tester sa capacité à agréger des soutiens, à naviguer entre intérêts divergents et à peser dans les équilibres africains, et surtout, à garnir son carnet d’adresses avec les puissances francophones et du monde.

Face au combat de son père

Fille de Patrice Lumumba, figure fondatrice de l’indépendance congolaise, Juliana Amato Lumumba porte un patronyme qui dépasse les frontières nationales. Dans l’imaginaire politique africain, le nom Lumumba incarne souveraineté, dignité et mémoire blessée. Toutefois, la candidature ne repose pas uniquement sur la charge symbolique et historique.

À la fin des années 1990, elle occupe des fonctions ministérielles, notamment à la Culture et aux Arts. Un portefeuille stratégique dans l’écosystème francophone, où la langue est à la fois outil politique et vecteur d’influence.

Aussi, elle poursuit ensuite un parcours au sein des réseaux économiques panafricains, notamment à la tête de l’Union des Chambres de Commerce africaines au Caire. Une trajectoire qui l’inscrit dans les dynamiques continentales et lui donne une lecture plus large des enjeux de coopération.

En 2022, elle s’illustre dans le processus de restitution des restes de son père à la RDC, séquence diplomatique sensible entre Bruxelles et Kinshasa. Mémoire et diplomatie s’y sont entremêlées.

Son profil s’articule ainsi autour de trois axes :

  • une légitimité historique,
  • une expérience institutionnelle,
  • un ancrage africain.

Au-delà des personnes, c’est une orientation stratégique qui se dessine.

La RDC affirme vouloir promouvoir une Francophonie « plus moderne, plus inclusive et plus proche des peuples ». Formule consensuelle. Mais derrière, plusieurs questions structurantes :

  • Quelle place pour la jeunesse francophone, majoritairement africaine ?
  • Quel rôle pour les industries culturelles du Sud ?
  • Comment articuler langue française et souveraineté économique ?
  • Comment positionner l’OIF dans un monde multipolaire, où la compétition d’influence s’intensifie ?

Si le nom ouvre des portes, seule une vision structurée pourra consolider une majorité.

En avançant Juliana Lumumba, la République démocratique du Congo ne cherche pas seulement un siège. Elle jauge sa puissance.

Puissance dans les capitales africaines. Puissance dans les cercles européens. Puissance dans l’architecture francophone mondiale.

Cette candidature agit comme un révélateur :
la RDC peut-elle transformer une mémoire nationale puissante en coalition internationale solide ?

En 2026, le verdict ne tombera pas sur l’émotion des symboles. Il se jouera dans la mécanique froide des alliances.

La course est lancée. Et cette fois, la République démocratique du Congo ne regarde plus le match. Elle en sortira gagnante.

Yasmine Alemwa Ibango

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