CHESD : dix ans après, la RDC veut renforcer sa capacité à penser ses enjeux de défense

Créé en 2016, le Collège des hautes études de stratégie et de défense célèbre ses dix années d’existence dans une période où la RDC doit composer avec des conflits prolongés, des menaces hybrides et une transformation rapide des technologies militaires. Au-delà du bilan de ses formations, l’institution cherche désormais à consolider son rôle dans la production d’une expertise stratégique nationale et régionale.

À Kinshasa, le dixième anniversaire du Collège des hautes études de stratégie et de défense intervient à un moment où la question des capacités de défense dépasse largement celle des équipements et des effectifs. Dans un environnement sécuritaire devenu plus complexe, la capacité à analyser les menaces, à planifier et à anticiper occupe une place croissante dans la préparation des responsables militaires et civils.

Créé en 2016, le CHESD a formé, en dix ans, 1 692 cadres à travers ses différentes sessions. Son recrutement ne s’est par ailleurs pas limité aux responsables congolais. Des auditeurs venus de plusieurs pays africains, ainsi que de Belgique, ont participé à ses programmes, donnant à l’institution une dimension qui dépasse le seul cadre national.

Cette ouverture prend une signification particulière pour la RDC. Les questions de défense se posent désormais à l’échelle nationale, mais aussi dans un environnement régional où les crises sécuritaires, les mouvements armés et les enjeux géopolitiques s’entrecroisent. La formation des cadres doit donc intégrer plusieurs niveaux de lecture et confronter différentes expériences.

C’est dans cette logique que le chef d’état-major général des FARDC, le lieutenant-général Jules Banza Mwilambwe, a placé l’analyse au cœur de son intervention lors de la célébration des dix ans du CHESD. Sa formule — « De quoi s’agit-il ? » — résume, selon lui, le premier réflexe attendu d’un cadre chargé d’étudier une situation avant de proposer une réponse.

L’enjeu n’est pas seulement de connaître une menace, mais d’en déterminer la nature, les causes, les mécanismes et les évolutions possibles. Cette approche prend un relief particulier dans des conflits où les dimensions militaires se combinent désormais avec l’information, la technologie, le renseignement et d’autres formes d’action indirecte.

Le parcours du CHESD semble également évoluer dans cette direction. Son passage au statut d’établissement public à caractère technique et scientifique de niveau post-universitaire doit notamment accompagner le développement de la recherche et le projet de création d’une école doctorale.

Cette évolution pourrait modifier progressivement la place de l’institution dans l’écosystème congolais de défense. À la formation de responsables doit s’ajouter la production de connaissances capables d’éclairer les choix publics, d’alimenter la réflexion doctrinale et de mieux documenter les réalités sécuritaires du pays et de la région.

La dimension régionale reste, elle aussi, un élément important de cette trajectoire. La participation de cadres du Bénin, du Burundi, du Cameroun, de la République centrafricaine, de la République du Congo, du Gabon, de la Guinée, du Mali et de Belgique a permis de confronter différentes expériences. La présence annoncée à Kinshasa des présidents burundais Évariste Ndayishimiye et centrafricain Faustin-Archange Touadéra pour la cérémonie du dixième anniversaire donne également à l’événement une portée régionale.  

Dans cette nouvelle phase, le principal enjeu du CHESD sera donc moins de mesurer son influence à l’aune du nombre de cadres formés que de démontrer la portée de l’expertise produite. Pour la RDC, la question est désormais de savoir comment transformer cette capacité de formation et de réflexion en outils utiles à la décision, à la prévention des crises et à la définition d’une politique de défense adaptée à un environnement sécuritaire en mutation.

Alemwa Ibango Yasmine

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