À la veille de la Coupe du monde, les États-Unis menacent de révoquer le Visa Waiver pour les Belges si Bruxelles refuse d’interdire l’entrée aux ressortissants congolais. La Belgique résiste et s’aligne sur l’OMS.
« Pas de visa, pas d’ESTA » : l’ultimatum de Washington à l’Europe
Alors que l’épidémie d’Ebola touche l’est de la RDC, avec plus de 400 cas confirmés selon l’OMS, les Etats-Unis ont demandé à la Belgique de suspendre l’octroi de visas et l’entrée sur son territoire aux ressortissants congolais. L’information, révélée par De Morgen et Het Laatste Nieuws, a été transmise officiellement par l’ambassadeur Bill White lors d’une réunion au SPF Affaires étrangères. Cette requête cible en priorité les visas de court séjour liés aux événements sportifs. La Belgique compte une diaspora congolaise estimée à plus de 80 000 personnes, dont une part importante à Bruxelles, ce qui rend le dossier politiquement sensible.
Washington a donné pour instruction à l’ensemble de ses ambassades dans l’espace Schengen de réclamer des restrictions « miroir » de celles appliquées sur le sol américain. Objectif affiché : éviter toute chaîne de transmission pendant la Coupe du monde de football, qui doit attirer plus de 3 millions de visiteurs dans le pays hôte. Le département d’Etat conditionne le maintien du programme Visa Waiver pour plusieurs Etats européens à l’adoption de ces mesures. En clair, si la Belgique ou d’autres pays refusent, leurs ressortissants pourraient perdre l’accès à l’ESTA et devoir demander un visa classique pour entrer aux Etats-Unis. L’Allemagne, la France et les Pays-Bas auraient reçu des notes diplomatiques similaires ces 48 dernières heures.
Bruxelles dit non et suit les règles de l’OMS
Bruxelles confirme avoir été saisie. Le cabinet du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke indique s’en tenir au Règlement sanitaire international de l’OMS, qui déconseille les restrictions de voyage généralisées jugées contre-productives. La Belgique privilégie un contrôle sanitaire renforcé à Zaventem : questionnaires, prise de température et traçage des contacts pour les vols en provenance d’Afrique centrale. Une quarantaine de 21 jours reste imposée aux Belges et résidents revenant des zones à risque, avec suivi par Sciensano. Sur le plan juridique, la compétence des frontières extérieures Schengen implique une coordination avec la Commission européenne. Cette dernière a rappelé le 17 septembre qu’une interdiction ciblant une nationalité devait être justifiée par une évaluation des risques pays par pays et validée par le Conseil.
Alors qu’aucun cas d’Ebola n’est recensé sur leur territoire, les Etats-Unis appliquent depuis la mi-mai un _Presidential Proclamation_ qui bloque l’entrée aux ressortissants étrangers ayant séjourné en RDC ou en Ouganda dans les 21 jours précédents. Les compagnies aériennes sont tenues de refuser l’embarquement sous peine d’amendes. Le CDC a relevé son niveau d’alerte à 3 pour l’est de la RDC, recommandant d’éviter tout voyage non essentiel. L’administration invoque le précédent de 2014-2016, où des restrictions similaires avaient été mises en place lors de l’épidémie en Afrique de l’Ouest. A l’époque, l’OMS avait critiqué ces mesures, soulignant qu’elles freinaient l’acheminement d’aide humanitaire et poussaient les voyageurs à contourner les contrôles.
Colère à Kinshasa, inquiétude économique à Bruxelles
A Kinshasa, le gouvernement congolais a convoqué l’ambassadrice américaine pour dénoncer une « stigmatisation ». L’Union africaine parle de « mesures disproportionnées » et demande l’activation de corridors sanitaires plutôt que des fermetures de frontières. Côté belge, Brussels Airlines, seul transporteur européen à maintenir 5 vols hebdomadaires vers Kinshasa, s’inquiète de pertes estimées à 2 et 3 millions d’euros (M€) par semaine en cas de suspension. Le secteur du fret redoute aussi un impact sur l’acheminement de matériel médical vers la RDC. Des ONG comme Médecins Sans Frontières rappellent que 60% de leur personnel international transite par Bruxelles et plaident pour des exemptions humanitaires.
*Richardo Ngoyi*
