Le président Félix-Antoine Tshisekedi a donné, ce mardi 11 août, le coup d’envoi des travaux du boulevard Dr Étienne Tshisekedi Wa Mulumba. Destiné à renforcer la mobilité dans la Funa, cet axe de 2 074 mètres devra aussi composer avec une autre réalité de Kinshasa : le ruissellement des eaux et les difficultés persistantes d’entretien des ouvrages d’assainissement. Au-delà du bitume, la durabilité de l’infrastructure sera l’un des principaux critères de réussite du projet.
À Kinshasa, une route neuve peut rapidement être confrontée à un adversaire que le béton et l’asphalte ne suffisent pas toujours à contenir : l’eau. Une forte pluie, un ouvrage mal entretenu ou un canal obstrué peuvent suffire à perturber la circulation et à fragiliser les aménagements urbains. C’est précisément cette réalité que devra affronter le futur boulevard Étienne Tshisekedi, dont le chantier vient officiellement d’entrer dans sa phase d’exécution.
La nouvelle artère est appelée à modifier le paysage routier de cette partie de la capitale. Mais son véritable examen commencera bien au-delà de la cérémonie de lancement : il se jouera dans la circulation quotidienne, lors des épisodes pluvieux et dans les mois qui suivront sa mise en service.
Long de 2 074 mètres, le boulevard doit prolonger le boulevard Triomphal depuis le secteur de l’ex-24 Novembre jusqu’à la place Bakayau, dans la commune de Bandalungwa. Le projet prévoit huit voies de circulation, quatre dans chaque sens, ainsi que plusieurs équipements destinés à accompagner la nouvelle infrastructure : trottoirs pavés, arrêts de bus, éclairage public et signalisation routière.
L’objectif premier reste la mobilité. Dans cette partie de Kinshasa, où les déplacements sont régulièrement ralentis par la saturation des axes existants, cette nouvelle liaison doit offrir une capacité supplémentaire et contribuer à redistribuer une partie du trafic. La question sera toutefois de savoir dans quelle mesure cette capacité nouvelle pourra réellement se traduire par une amélioration durable des déplacements.
Car l’élargissement d’une chaussée entraîne aussi une autre conséquence : une augmentation des surfaces imperméabilisées. Lorsqu’elles sont recouvertes d’asphalte, les eaux de pluie s’infiltrent moins facilement dans le sol et doivent être dirigées vers des ouvrages spécifiques. Le volet hydraulique du projet devient dès lors aussi important que la chaussée elle-même.
Le futur boulevard prévoit à cet effet un canal de drainage de 1 140 mètres. Sa fonction sera d’accompagner l’évacuation des eaux de ruissellement sur et autour de l’axe routier. Dans une ville régulièrement confrontée aux conséquences des fortes pluies, la capacité de ce dispositif à fonctionner correctement constituera un élément déterminant de la performance globale du projet.
Le tracé doit également franchir la rivière Basoko au moyen d’un pont-cadre. Cet ouvrage devra assurer la continuité de la circulation tout en permettant le passage des eaux. Son fonctionnement lors des épisodes de fortes précipitations constituera donc un autre point de vigilance.
Il serait toutefois prématuré de tirer des conclusions sur l’efficacité future de ces ouvrages avant leur réalisation et leur mise à l’épreuve. Leur performance dépendra de leur conception, de leur exécution, mais également des conditions dans lesquelles ils seront entretenus après la livraison du chantier.
C’est précisément là que se trouve l’un des enjeux majeurs pour Kinshasa. Dans plusieurs quartiers de la capitale, les infrastructures d’évacuation des eaux sont régulièrement confrontées à l’accumulation de déchets, de sable et d’autres matières qui réduisent leur capacité. La construction d’un nouveau système de drainage ne garantit donc pas, à elle seule, sa pérennité.
Le futur boulevard devra ainsi être accompagné d’un dispositif d’entretien régulier. Le curage des canaux, le maintien des emprises dégagées et la surveillance des points sensibles seront nécessaires pour préserver les investissements réalisés. La question de la gestion des déchets autour de l’axe sera également difficile à dissocier de celle de son efficacité hydraulique.
Cette responsabilité ne reposera pas uniquement sur les services publics. La préservation des ouvrages dépendra aussi de l’usage qui sera fait de l’espace public par les riverains, les commerçants et les usagers. Une infrastructure moderne peut rapidement perdre une partie de son efficacité lorsque les espaces prévus pour la circulation ou l’évacuation des eaux sont occupés ou obstrués.
Le chantier constitue, à ce titre, un exercice qui dépasse la seule construction d’une route. Il met en jeu la capacité de la ville à penser simultanément mobilité, urbanisme, assainissement et maintenance. Autrement dit, construire davantage ne suffira pas si les nouvelles infrastructures ne sont pas intégrées dans une politique cohérente de gestion urbaine.
Pour le gouvernement provincial de Daniel Bumba, qui inscrit le projet dans son programme « Kinshasa Ezo Bonga », l’enjeu est également institutionnel. Après plusieurs annonces et projets destinés à transformer le réseau routier de la capitale, l’exécution du boulevard Étienne Tshisekedi permettra d’évaluer concrètement la capacité des autorités à mener un chantier de cette ampleur jusqu’à sa livraison et à en assurer ensuite le suivi.
Le délai annoncé pour les travaux constituera un premier indicateur. La qualité des ouvrages en sera un autre. Mais le véritable bilan ne pourra être établi qu’après la mise en service, lorsque la route devra absorber quotidiennement le trafic pour lequel elle est conçue et affronter les différentes contraintes du milieu urbain.
Le lancement donné par le Chef de l’État marque donc une étape importante, mais il ne constitue que le début du processus. Dans douze mois, si le calendrier est respecté, Kinshasa disposera d’un nouvel axe majeur dans cette partie de la capitale. Restera alors à vérifier s’il répondra aux deux attentes qui accompagnent aujourd’hui le projet : mieux faire circuler les Kinois et mieux résister aux réalités environnementales de la ville.
Car pour le boulevard Étienne Tshisekedi, la réussite ne se mesurera pas uniquement au nombre de voies ou à la longueur de la chaussée. Elle se mesurera surtout à sa capacité à rester fonctionnel dans le temps, y compris lorsque la circulation sera dense et que les pluies mettront ses ouvrages d’assainissement à l’épreuve.
Alemwa Ibango Yasmine
