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Bas-Uele frappé : Ebola s’étend et le Dr Muyembe met en garde, « le virus nous devance »

Il avance en silence, franchit les frontières et s’invite là où on ne l’attendait plus. Jeudi, le Bas-Uele est entré dans la carte rouge d’Ebola. Sixième province touchée en RDC, elle rappelle que le virus ne demande pas la route : il la trace. Et pendant que les équipes courent derrière lui, le Dr Muyembe lance un cri : sans coordination, la bataille sera perdue d’avance.

Le Bas-Uele est officiellement la 6ᵉ province de la RDC touchée par l’épidémie d’Ebola. L’annonce a été faite jeudi par le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies. Elle intervient alors que les autorités sanitaires constatent une circulation du virus en dehors des chaînes de contacts déjà identifiées.

Située au nord-est de la RDC, à la frontière avec la République centrafricaine, la province devient un nouveau foyer. Les autorités sanitaires congolaises ont confirmé l’information dans un contexte de progression de l’épidémie au-delà de ses zones initiales.

Depuis la déclaration officielle du 15 mai, le bilan est de plus de 4 500 cas et plus de 2 100 décès. Selon les données officielles, la progression de la mortalité est plus rapide que lors de l’épidémie qui a touché l’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016.

Une propagation en dehors des circuits de surveillance

La principale préoccupation des équipes de riposte reste la capacité du virus à circuler en dehors des dispositifs de suivi. Actuellement, 60 à 70 % des nouveaux cas sont détectés chez des personnes qui ne figuraient pas parmi les contacts suivis.

Le traçage des contacts demeure pourtant l’un des outils clés de la lutte contre Ebola. Il permet d’identifier les personnes exposées et d’intervenir rapidement avant la formation de nouvelles chaînes de transmission.

L’extension au Bas-Uele aggrave cette difficulté. La province est une zone de forte mobilité transfrontalière. L’ONG Mercy Corps a signalé des cas le long d’un axe routier situé à environ 35 km de la frontière avec le Soudan du Sud, ce qui complique la surveillance épidémiologique.

Le Dr Muyembe appelle à une coordination renforcée

Face à cette situation, le Dr Jean-Jacques Muyembe, coordonnateur du secrétariat technique de la riposte, a lancé une alerte.

« Nous ne pouvons pas vaincre Ebola si chaque province travaille en silo. Il faut une coordination forte, des moyens alignés et une communication unifiée, sinon le virus continuera à nous devancer », a-t-il déclaré.

Sur le terrain, la riposte avance à pas lourds. La méfiance s’est logée dans les cœurs, les soignants portent la fatigue et les moyens s’étiolent. Et la souche qui circule aujourd’hui exige des réponses neuves, que nous cherchons encore.

Avec le Bas-Uele, six provinces portent désormais le poids du deuil. Il ne s’agit plus seulement de cerner le feu, mais d’empêcher qu’il ne prenne ailleurs. Dans l’ombre des routes, loin des centres, là où le virus aime naître en silence.

Pour la RDC et ses voisins, la Centrafrique et le Soudan du Sud en première ligne, l’heure est à veiller les frontières et à parler d’une seule voix. Car face à Ebola, dispersés nous reculons. Unis, peut-être, aurons-nous une chance de l’arrêter.

Richardo Ngoyi

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