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30 juin 2026 : Mukwege règle ses comptes avec 6 ans de Tshisekedi – « Il n’y a rien à célébrer, la RDC est un bateau ivre »

À l’occasion de la 66ᵉ commémoration de l’Indépendance, le Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix 2018 et fondateur de la Fondation Panzi, a rendu publique une « Lettre ouverte au Président de la République ». Datée du 30 juin 2026, elle exclut tout message de célébration : « Il n’y a rien à célébrer », écrit le médecin gynécologue, qui évoque « une crise existentielle », « un danger de balkanisation ou d’annexion » et « la souffrance des citoyens congolais, privés de tout ».

Dans un texte de plusieurs pages adressé à Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le Dr Mukwege revient sur l’ensemble du mandat entamé en janvier 2019. Il rappelle avoir alors observé « la réserve » pour « laisser une chance » au nouveau pouvoir après « les sombres années du régime Kabila ». Bilan, six ans après : le constat est « amer ».

La lettre s’articule autour de quatre axes : la gouvernance politique, la gestion de la sécurité dans l’Est, la diplomatie régionale et internationale, et la situation institutionnelle à l’approche de la fin du second mandat.

1. Gouvernance et justice transitionnelle : des promesses non tenues

Le Dr Mukwege revient d’abord sur les conditions de l’accession au pouvoir en 2019. Il évoque « un accord secret » et « une crise de légitimité des animateurs des institutions », à un moment où « le peuple aspirait à une alternance démocratique véritable ».

Il critique ensuite la rupture de la coalition CACH-FCC et la mise en place de l’Union sacrée de la Nation, qu’il qualifie de coalition « davantage acquise à votre cause et à votre famille, tant biologique que politique, plus qu’à une quelconque vision ».

La justice transitionnelle constitue un autre point de rupture. Le Dr Mukwege rappelle sa rencontre au Palais de la Nation en novembre 2020 pour plaider en faveur d’un tribunal pénal spécial pour les crimes commis en RDC, y compris ceux documentés dans le « Rapport Mapping » de l’ONU. Il regrette qu’aucune saisine du Conseil de sécurité n’ait été engagée « jusqu’à aujourd’hui », alors que, selon lui, la justice transitionnelle reste « un instrument de prévention des conflits ».

2. État de siège, présence d’armées étrangères et résurgence du M23

Le volet sécuritaire est au cœur de l’interpellation. Le Dr Mukwege revient sur l’état de siège décrété en avril 2021 en Ituri et au Nord-Kivu. Prolongé « jusqu’à ce jour », ce régime d’exception aurait, selon lui, « contribué à une détérioration de la situation sécuritaire » et à « une augmentation du nombre de victimes civiles ». Il pointe également la nomination de gouverneurs militaires, dont certains figurent dans le Rapport Mapping.

Qualifiant l’état de siège d’« échec patent », il s’interroge sur les accords bilatéraux ayant autorisé les armées ougandaise et burundaise à intervenir en RDC. Il parle d’une « stratégie de pyromane-pompier » qui aurait favorisé « l’internationalisation du conflit », la « résurgence du M23 » et « l’énième guerre illégale d’agression et d’occupation de l’armée rwandaise ».

Il déplore par ailleurs la multiplication des cadres de négociation : EAC, SADC, UA, Luanda, Doha, Washington. Cette absence de coordination, estime-t-il, a produit « davantage de confusion que de pacification ».

3. EAC, MONUSCO et coopération minière avec Kigali

Concernant l’intégration régionale, le Dr Mukwege rappelle avoir mis en garde contre l’adhésion de la RDC à la Communauté d’Afrique de l’Est en 2022, une organisation composée, selon lui, d’États « davantage attirés par leurs intérêts commerciaux et géostratégiques en RDC ». Il critique le déploiement d’une force régionale de l’EAC « avec un mandat peu clair et sans autorisation préalable de l’Assemblée nationale ».

La lettre aborde aussi le retrait accéléré de la MONUSCO, réclamé par Kinshasa, et le rapprochement avec la position rwandaise. Le Dr Mukwege cite l’accord économique signé le 26 juin 2021 avec Kigali pour « exploiter et commercialiser formellement les minerais du Kivu », qu’il estime avoir « rendu de facto caduc le règlement du Parlement européen sur les minerais de sang ». Il défendait, lui, le maintien de la MONUSCO au Sud-Kivu pour éviter « un vide propice à favoriser les ennemis de la paix ».

4. FARDC, Accord d’Addis-Abeba et diplomatie avec Washington

Le Dr Mukwege regrette que l’Accord-cadre d’Addis-Abeba pour la paix et la sécurité dans les Grands Lacs n’ait pas été « redynamisé », alors qu’il prévoyait la réforme du secteur de la sécurité. Il écrit : « Votre incapacité à restructurer les FARDC et l’échec de votre gouvernance sécuritaire ont en grande partie contribué à l’enlisement de la situation ».

Il évoque ensuite la résolution 2773 du Conseil de sécurité, adoptée en février 2025, qui « exigeait le retrait immédiat et sans condition de l’armée rwandaise ». Au lieu de s’appuyer sur ce texte, le chef de l’État aurait privilégié, selon le Dr Mukwege, « une diplomatie transactionnelle dangereuse avec Washington », en référence à « un accord de principe signé à la Maison Blanche en avril 2025 », dénoncé par 40 professeurs d’université congolais.

Le médecin craint que cet accord ne lie le retrait rwandais à la « neutralisation des FDLR dont la présence résiduelle se situe dans les zones sous son occupation », un récit qu’il qualifie de « fictif ». Il alerte sur « le colonialisme économique en plein essor » et sur une sécurité qui demeure « très illusoire » pour les populations de l’Est.

5. Constitution, référendum et appel à un sursaut

Dans sa conclusion, le ton se fait plus solennel. Le Président est comparé à « un bateau ivre qui tangue dans une mer agitée ». Le Dr Mukwege l’exhorte à « ne pas toucher à notre Constitution » et à renoncer à un référendum dans un contexte où « plus de 10 millions de citoyens » ne pourraient pas voter, sur fond d’« épidémie d’Ébola ». Il met en garde contre une « implosion irréversible, tant souhaitée par nos agresseurs ».

Il fixe quatre priorités : « la restauration de la paix et de la souveraineté du pays, la protection des civils, la consolidation de l’État de droit et la lutte contre l’impunité, et l’amélioration de la gouvernance économique ». « Il n’est jamais trop tard pour prendre les bonnes décisions », conclut le Dr Mukwege, en appelant à un « sursaut patriotique ».

Cette lettre intervient dans un climat politique tendu, à moins de deux ans de la fin du second mandat du Président Tshisekedi. Les questions liées à la sécurité dans l’Est, à la présence des groupes armés, au rôle des partenaires régionaux et à l’avenir des institutions dominent le débat public à Kinshasa.

À ce stade, la présidence de la République n’a pas communiqué de réaction officielle à la lettre ouverte signée par le Dr Denis Mukwege.

Richardo Ngoyi

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