Au Fonds national de l’habitat (FONHAB), un dossier d’agressions sexuelles présumées visant un haut cadre de l’institution met en lumière les lenteurs et hésitations de la chaîne de responsabilité publique. Au centre des accusations : Mike Mutombo, Secrétaire général du FONHAB, présenté par plusieurs agentes comme l’auteur de faits d’atteintes à la pudeur sur leur lieu de travail.
Selon plusieurs sources internes, les premiers signalements remonteraient à plusieurs mois. Les victimes présumées affirment avoir saisi, dans l’ordre, la Direction générale, la Direction générale adjointe, puis le Président du Conseil d’administration (PCA), avant que l’affaire ne parvienne jusqu’au ministre de tutelle. À ce stade, le dossier a été transmis au parquet général près la Cour d’appel de Kinshasa/Gombe, où une instruction serait en cours.
Des correspondances officielles, dont l’existence est confirmée par des sources proches du dossier, attestent de plusieurs lettres du ministre adressées au Conseil d’administration. Ces lettres recommanderaient notamment la protection des plaignantes, leur réhabilitation dans leurs droits et la prise de mesures conservatoires à l’encontre du Secrétaire général, le temps que la justice se prononce. Mais sur le terrain, rien ou presque ne semble avoir bougé.
Car malgré la gravité des faits allégués et l’ouverture d’un dossier au parquet, le présumé agresseur demeure en fonction, bénéficiant, selon plusieurs témoins, d’une forme de protection au sein de la Direction générale. Aucune suspension préventive, aucun réaménagement de poste, aucune mesure de mise à l’écart ne lui aurait été notifiée officiellement. Une situation qui alimente un profond malaise en interne.
Au FONHAB, certains agents parlent à mots couverts de “double discours institutionnel” : d’un côté, des engagements publics répétés en faveur de la lutte contre les violences basées sur le genre dans l’administration ; de l’autre, une affaire sensible où les victimes présumées attendent toujours une reconnaissance et une protection effectives, tandis que le supérieur mis en cause continue d’exercer ses fonctions.
Pour l’instant, ni le Conseil d’administration ni la Direction générale ne se sont expliqués publiquement sur les raisons de cette inertie apparente, alors même que la tutelle aurait expressément demandé de réhabiliter les victimes et de sécuriser leur environnement professionnel. Contactées, certaines sources se retranchent derrière la présomption d’innocence et la nécessité de “laisser la justice suivre son cours”.
En toile de fond, ce dossier pose une question plus large : que vaut la politique de tolérance zéro face aux violences sexuelles annoncée au plus haut niveau de l’État si, dans les faits, des affaires signalées, documentées et transmises à la justice peuvent demeurer sans suite administrative visible pendant des mois ? Au-delà du cas du FONHAB, c’est la capacité des institutions à protéger concrètement les victimes et à assumer leurs responsabilités qui se retrouve au centre du débat.
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