
Au Lualaba, dans le sud-est de la République démocratique du Congo, une enquête de l’Environmental Investigation Agency (EIA) met en cause les activités du géant minier chinois CMOC autour de la mine de Tenke Fungurume.
Des préoccupations sanitaires sont évoquées par l’organisation. Mais au-delà de cette mise en cause, ces accusations pourraient avoir des répercussions économiques sur un secteur stratégique pour la RDC, premier producteur mondial de cobalt.
Selon le rapport de l’EIA, la croissance rapide des activités minières dans cette zone pourrait être liée à une pollution de l’air affectant les communautés vivant à proximité des installations industrielles. L’organisation évoque notamment des niveaux élevés de dioxyde de soufre, un gaz issu du traitement du cuivre et du cobalt, ainsi qu’une hausse des maladies respiratoires signalées parmi les habitants et les travailleurs proches du site.
Ces révélations interviennent alors que la mine de Tenke Fungurume constitue l’un des piliers de la production mondiale de cobalt, un minerai stratégique pour l’industrie des batteries utilisées notamment dans les véhicules électriques. Toute controverse environnementale ou sanitaire liée à ce site pourrait ainsi attirer l’attention des partenaires internationaux et des entreprises occidentales dépendantes de l’approvisionnement en cobalt congolais.
Pendant plus de trois (3) ans, les enquêteurs de l’EIA affirment avoir examiné plus de mille deux-cents (1200) dossiers médicaux et réalisé des mesures indépendantes de la qualité de l’air autour des installations industrielles.
Par ailleurs, le rapport indique une augmentation de cas de bronchites, de pneumonies et de toux sanglantes dans les zones proches de l’usine dite « 30K », capable de traiter jusqu’à 30 000 tonnes de minerai par jour.
Pour les analystes du secteur, de telles accusations pourraient renforcer les pressions internationales en faveur d’une exploitation minière plus respectueuse des normes environnementales et sociales. Dans un où les chaînes d’approvisionnement des batteries font l’objet d’une surveillance accrue, les entreprises opérant en RDC sont de plus en plus appelées à démontrer la transparence et la durabilité de leurs activités.
De son côté, la société Tenke Fungurume Mining, filiale du groupe CMOC, rejette les conclusions du rapport. L’entreprise affirme que ses propres données montrent des concentrations de gaz conformes aux normes réglementaires et conteste tout lien direct entre ses activités et les problèmes de santé signalés dans les communautés voisines.
Face à ces accusations, l’EIA appelle le gouvernement congolais à ouvrir une enquête indépendante afin d’évaluer les conséquences sanitaires et environnementales de l’exploitation du cobalt dans la région. Une démarche qui pourrait également avoir des implications économiques pour un secteur minier crucial dans les exportations et les recettes publiques de la RDC.
Ridie Enembe (stagiaire)
