Goma sous les drones : la guerre du Nord-Kivu expose les ressorts économiques du conflit

La nuit de mardi à mercredi a plongé la ville de Goma dans une nouvelle spirale d’angoisse. Plusieurs explosions ont été entendues dans différents quartiers de la capitale provinciale du Nord-Kivu, après des frappes attribuées à des drones. Les déflagrations ont touché des zones résidentielles, causant des dégâts matériels et au moins une victime civile selon des sources locales.

Au petit matin, l’atmosphère restait lourde dans cette ville stratégique de l’est de la République démocratique du Congo, passée sous contrôle du mouvement rebelle Mouvement du 23 mars depuis le début de l’année. Dans certains quartiers, des habitations ont été endommagées par les explosions. Des riverains, encore sous le choc, tentaient de dégager les débris sous le regard des curieux et des équipes de secours.

L’origine exacte de ces frappes n’a pas été officiellement confirmée. Les Forces armées de la République démocratique du Congo ont déjà eu recours à des drones à longue portée dans leurs opérations contre les positions rebelles. De leur côté, les combattants du M23 utilisent également des drones, parfois chargés d’explosifs, rendant difficile toute attribution immédiate.

Quelles que soient les responsabilités, les populations civiles demeurent les premières victimes de cette guerre qui s’installe durablement dans l’est congolais. Des agents humanitaires et des observateurs de la mission de maintien de la paix de l’Organisation des Nations unies présents dans la zone ont pu constater l’ampleur des dégâts.

Mais derrière ces frappes nocturnes se dessine une réalité plus large : celle de l’économie du conflit qui structure la guerre dans le Kivu. À quelques dizaines de kilomètres de Goma se trouve le site minier de Rubaya, l’un des plus importants gisements de coltan de la région. Ce minerai stratégique, utilisé dans l’industrie électronique mondiale, constitue une source majeure de revenus pour les groupes armés qui contrôlent les zones d’exploitation.

Début mars, une frappe de drone avait déjà visé ce secteur minier, entraînant la mort de Willy Ngoma, figure importante du mouvement rebelle. Pour plusieurs analystes, ce type d’opération vise à fragiliser les circuits économiques qui alimentent la capacité militaire du M23.

Le contrôle de Rubaya permet en effet au groupe rebelle d’imposer des taxes sur l’exploitation et le transport des minerais, générant des ressources financières importantes grâce aux circuits commerciaux transfrontaliers. Dans cette logique, frapper ces infrastructures économiques reviendrait à s’attaquer directement aux bases matérielles du conflit.

La situation militaire reste toutefois étroitement liée aux tensions régionales. Les autorités congolaises accusent régulièrement le Rwanda de soutenir le M23, une accusation documentée dans plusieurs rapports des experts de l’ONU et rejetée par Kigali. Les États-Unis ont récemment pris des sanctions visant des responsables militaires rwandais, estimant que ce soutien contribuait à la déstabilisation de l’est congolais.

Sur le plan diplomatique, les tentatives de médiation peinent à produire des résultats durables. L’accord de paix annoncé en décembre sous l’impulsion de Washington n’a pas permis d’instaurer un cessez-le-feu effectif, tandis que la proposition de trêve avancée par l’Angola est restée sans application concrète sur le terrain.

Dans ce contexte d’impasse diplomatique et de pression militaire croissante, les habitants de Goma se retrouvent pris entre la présence rebelle et les frappes qui secouent régulièrement la ville. Pour beaucoup, l’espoir d’un retour durable de l’autorité de l’État congolais reste suspendu à l’évolution d’un conflit où enjeux militaires, économiques et géopolitiques sont désormais étroitement imbriqués.

Ridie Enembe (stagiaire)

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