Washington : Trump salue, Tshisekedi ovationné et Kagame isolé, accusant la communauté internationale de favoritisme envers Kinshasa
L’image a fait le tour du monde. À Washington, Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo, a été chaleureusement applaudi en direct lors du très sélect National Prayer Breakfast. Une ovation demandée personnellement par le président américain Donald Trump, devant les caméras internationales.
Au même moment, à Kigali, Paul Kagame dénonçait ce qu’il considère comme une marginalisation de son pays, accusant la communauté internationale de favoritisme envers Kinshasa. Deux scènes, deux récits, un même basculement géopolitique.
Cette séquence marque un tournant. Pour la première fois depuis des années, le centre de gravité diplomatique semble se déplacer clairement vers la RDC, laissant le Rwanda face à une contestation internationale grandissante.
A Washington, Donald Trump a interrompu le protocole pour inviter Félix Tshisekedi à se lever sous les applaudissements.
« Vous êtes courageux. C’est un honneur de vous recevoir ici », a déclaré le président américain, saluant « un homme brave ».
Faisant référence à la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, Trump a ajouté :
« Je sais ce que vous avez traversé. Cela a été difficile pendant de nombreuses années. Mais les choses évoluent plutôt bien. »
Pour plusieurs observateurs, cette mise en lumière dépasse le simple cadre protocolaire. Elle apparaît comme un signal stratégique adressé à Kigali, alors que Washington durcit le ton face au rôle présumé du Rwanda dans l’instabilité de l’Est congolais.
La veille, le député républicain Chris Smith, président de la sous-commission Afrique de la Chambre des représentants, avait appelé à des sanctions ciblées contre des responsables rwandais, y compris Paul Kagame, pour le non-respect des Accords de Washington signés en décembre 2025 entre Kinshasa et Kigali.
Ces honneurs faits à Tshisekedi coïncident avec une autre scène majeure : la réunion ministérielle sur les minéraux critiques, tenue le 4 février 2026 au Département d’État, dans le cadre du Project Vault, initiative stratégique américaine sur les terres rares, le cobalt et le lithium.
54 pays étaient représentés.
Le Rwanda, pourtant premier exportateur africain de coltan depuis cinq années consécutives, n’y était pas convié.
Le 5 février, lors de l’ouverture du Dialogue national rwandais (Umushyikirano), Paul Kagame a livré un discours offensif.
« La communauté internationale traite Tshisekedi comme un enfant gâté », a-t-il lancé. Il a nié toute exploitation des ressources congolaises par son pays, affirmant que si tel était le cas, « le Rwanda serait cent fois plus riche ».
Pourtant, les chiffres officiels le contredisent :
En 2023, le Rwanda a exporté 2 070 tonnes de coltan, contre 1 918 tonnes pour la RDC, devenant pour la cinquième fois depuis 2014 le premier exportateur mondial, alors que les principales réserves se trouvent en territoire congolais.
Le Rwanda fait face à des accusations répétées de soutien à l’AFC/M23 et de présence militaire sur le sol congolais, accusations étayées par des rapports d’experts de l’ONU et de nombreuses ONG. Kigali invoque des menaces liées aux FDLR pour justifier ses « mesures défensives ».
Mais la rhétorique de la victimisation peine désormais à convaincre.
En visant directement Félix Tshisekedi, Paul Kagame a durci le ton :
il accuse son homologue de bénéficier d’un soutien international asymétrique, alimentant selon lui un déséquilibre diplomatique.
Ce discours révèle surtout une crispation stratégique face à la perte progressive d’alliés occidentaux.
L’administration américaine, appuyée par ses partenaires, affiche désormais une priorité claire : sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques tout en soutenant des États considérés comme légitimes et coopératifs.
La RDC, au cœur de cette nouvelle architecture géostratégique, apparaît comme le pilier de ce repositionnement.
Pour Kigali, ce glissement est un choc. Entre la scène triomphale de Washington et le discours de défi de Kigali, une question s’impose :
Les décisions à venir – notamment sur les sanctions – diront si ce basculement diplomatique n’était qu’un symbole… ou le début d’une recomposition durable dans la région des Grands Lacs.
Yasmine Alemwa Ibango




